20111224

Noël

Aujourd'hui, Noël, Je n'ai pas envie de famille, de cadeau, de théâtre, de bruit. Je rêve de déserts. La mer hier et le petit poulpe. Le monde, trop beau pour mon interne et intense sentiment de solitude. Un message de toi, pour Noël ? héhé !

20111220

Sinon l'amour courtois

"(...) je me suis aperçu qu'il y avait deux types de sujets amoureux. Il y a celui de la littérature française, de Racine à Proust, qui est, disons, le paranoïaque, le jaloux. Il y en a un autre qui n'existe pas bien dans la littérature française mais qui est admirablement mis en scène par le romantisme allemand (...) celui-là est un type d'amoureux qui n'est pas centré sur la jalousie; la jalousie n'est pas exclue de cet amour passion, mais c'est un sentiment amoureux qui est beaucoup plus effusif, qui vise à un comblement (...) l'une des figures de mon livre concerne précisément l'envie, la tentation, la pulsion que le sujet amoureux a, semble-t-il souvent et c’est attesté par des livres, de créer, de peindre

20111218

Journal d'un jour

Aujourd'hui peu de travail sérieux - mais, action productive, j'ai commencé à recopier les SMS que tu m'as envoyé avant notre deuxième rencontre. N'est-ce pas idiot ? Peut-être, mais tout en me reprochant de ressasser ce qui devrait être mort, et qui ne l'est pas pour moi, j'essaie de me justifier en songeant au peu de densité de ce qui a suivi. Notre histoire ne s'est elle pas jouée là ? "Est-ce que tu m'aimes, T ?" Pas de plus grand frisson dans ma vie - ou bien à égalité avec d'autres moments de toi. J'ai photographié beaucoup de flamboyants aussi. Seul Barthes me comprendrait sans doute, s'il n'était pas mort. Je relis "carnets d'un voyage en Chine." et les entretiens publiés dans le recueil "Le grain de la voix". Ce qu'il est doux, et juste. La nuit dernière j'ai rêvé que tu changeais ta photo de profil FB. Je m'aperçois aujourd'hui que c'est le cas. Pourtant, Freud : "Finalement, l'affirmation d'une force divinatoire du rêve constitue un objet de contestation sur lequel se rejoignent des réserves difficilement surmontables et des assurances obstinément répétées." (Traumdeutung Il s'agit sans doute d'une coïncidence. Tant mieux.J'aime toutes les coïncidences qui te concernent. Je te trouve beau sur cette photo où tu poses avec Aline. Je suppose que c'était pendant vos dernières vacances (les plantes en arrière plan.) Tu as l'air solide et heureux. J'ai tellement envie de te connaître... Un jour peut-être ! Demain plongée, et, je l'espère, de bonnes lectures. J'espère que tu passes ces jours-ci davantage de temps à te reposer qu'à travailler. Si j'avais la possibilité de te dire cela en face, je suis sûr que tu me regarderais comme si j'était crétin. Pourtant j'ai raison !

20111211

Poème du jour

"On ne partage pas ses gouffres avec autrui, seulement ses chaises" René Char, Fenêtres dormantes et Porte sur le toi

20111129

Faire comme ci (morale provisoire)

Pour survivre, maintenant, j'ai besoin d'une fiction, celle de ta
présence et d'une parole venant de toi, me demandant solennellement de
ne plus boire et de te raconter pendant 30 jours mes journées, les
presque dernières de l'année.

Ce soir Don Giovanni, autre tentative de réinstaurer le commandeur, ou
le nom du père dans la vie.

20111128

"Le soleil me parle depuis des années avec des mots humains"

Refusant d'ête frappé par le syndrome des Lettres Portugaises, refusant ne serait-ce que d'ouvrir "un amour sans nom" de la même veine.
Comment te dire, que je tombe en morceaux - où plus justement, que je fonde en une masse indeterminée de désirs et de frustration...

Sans un peu de toi
Je n'ai plus de courage, j'ai peur tout le temps.

je n'ose pas te demander de l'aide.

Je vais essayer d'aller mieux demain.

20111122

Je pense à toi en lisant "La femme piège". Je me demande si ça te
plairait, cette histoire ...

20111112

20111108

Si les morts pouvaient parler

Ce n'est pas juste d'être aussi loin de toi...
Quand je pense que je pourrais travailler dans le Resto U où tu manges
tous les jours !
Ou bien être jardinier dans ta résidence, et couper avec amour chaque
brin d'herbe pour que ta vue depuis ta fenêtre soit harmonieuse !
Mais non, je vis dans un pays idyllique à des milliers de kilomètres de
toi.
Et, impuissant, je ne suis pas un acteur de ta vie...

20111105

"Nerval a eu un rapport à la littérature qui pour nous est étrange et
familier. Troublant mais proche de ce que nous apprennent les plus
grands de nos contemporains (Bataille, Blanchot). Son oeuvre disait que
la seule manière d'être au coeur de la littérature, c'est de se
maintenir indéfiniment à sa limite, et comme au bord extérieur de son
escarpement.
Nerval pour nous ce n'est pas une oeuvre; ce n'est même pas un effort
abandonné pour faire passer dans une oeuvre qui se dérobe une expérience
qui lui serait obscure, étrangère ou rétive. Nerval c'est sous nos yeux,
aujourd'hui, un certain rapport continu et déchiqueté au langage :
d'entrée de jeu, il a été happé en avant de lui-même par l'obligation
vide d'écrire. Obligation qui ne prenait tour à tour la forme de romans,
d'articles, de poèmes, de théâtre que pour être aussitôt ruinée et
recommencée. Les textes de Nerval ne nous ont pas laissés les fragments
d'une oeuvre, mais le constat répété qu'il faut écrire; qu'on ne vit et
qu'on ne meurt que d'écrire.
De là cette possibilité et cette impossibilité jumelle d'écrire et
d'être, de là cette appartenance de l'écriture et de la folie que Nerval
a fait surgir aux limites de la culture occidentale - à cette limite qui
est creux et coeur. Comme une page imprimée, comme la dernière nuit de
Nerval, nos jours maintenants sont noirs et blancs."
Michel Foucault in Arts : lettres, spectacles, musiques, n°980

20110913

aveu

Je suis triste que tu n'aies pas voulu me voir même cinq minutes quand
je suis passé par paris. Et en plus je me reproche d'être triste, et de
n'être pas foutu de t'apporter quoi que ce soit.

20110820

L'enfant de la Haute Mer (Revisité dans le style de Chantal Ackerman)

 
Il aurait voulu s'asseoir de nouveau à une table de la Brasserie du Grand Saint Bernard (ou bien, était-ce le bistrot du Grand Saint-Bernard ? Malgré toute son attention il n'aurai pu en jurer - mais la structure de ce lieu était , si celle-ci n'avait pas été fermée pour rénovation - rénovation qui, pensait-il n'avait pas d'autre but que de rendre à l'endroit son éclat démodé
Ce n'était pas un Adieu - ou bien était-ce un adieu ?
 

20110819

"How does it feel ?"

Je viens de quitter mon travail...
plein d'espoir et d'angoisse à la fois - un rêve où, ta tête posée sur
mon épaule, tu dirais que tout va bien aller, serait une heureuse
surprise !

J'ai traversé la vallée blanche en compagnie d'un médecin et d'une
psychanalyste;

Ce soir : faire nombre de papier, dire adieu à certains, faire mes
valises; Dans mon état de ce soir tout me semble impossible.

Vivement demain...

20110809

Tout le monde dit I love you

J'ai envie de partager tant de choses avec toi...
Laisse-moi une chance...

Temps passé ensemble (à date) : 15 + 1 jours
Temps passé chacun de son côté : 1095 + 365 jours

Ça n'est pas juste ! (c'est même de pire en pire, mathématiquement
parlant...)

Laisse-moi t'inviter à dîner !
Regarde un coucher de soleil avec moi !
Allons au cinéma !

Je t'embrasse et te souhaite de beaux rêves, Willy-Billy.

20110807

Dans les catacombes

Cher W.
Je suis ravi d'avoir enfin de tes nouvelles. Mais alors, pourquoi
suis-je si triste depuis hier ?
Il y a des morts dans tous mes rêves- et le temps, là-bas dehors, est si
gris...
Tu rirais, n'est-ce pas, si tu savais que ta dernière lettre je l'ai
cachée sous mon oreiller comme un trésor pour la lire plus tard... Je
n'ai pas résisté bien longtemps, bien sûr. J'ai envie d'être ironique et
joyeux, moqueur, inconscient - mais je n'en ai pas la force aujourd'hui.
N'est-ce qu'un coup de fatigue ?
Je serre les dents.

20110801

Au seuil d'une nouvelle ère

A la veille de ton anniversaire, je ressemble un peu aux pilotes du vol
Rio-Paris - privés d'informations fiables sur la conduite de leur
appareil, croyant monter au lieu qu'ils descendaient de plus en plus
vite. Un an déjà, curieuse perspective, à la fois durée longue (ton
absence au jour le jour)et rapide : déjà un an que nous avons repris
contact, déjà onze mois depuis notre dernière rencontre. Imagines-tu mon
excitation devant la possibilité de t'écrire demain (une lettre
officielle pour ton anniversaire !!) ? Une nouvelle chance de partager
un peu avec toi. Tu m'as bien prévenu contre tout espoir. Pourtant, rien
qu'un peu de toi, cela suffirait, il me semble, à faire sortir l'avion
d'une situation de décrochage et à allumer de nouveau le soleil.

A demain.

20110727

Et pourquoi cette hésitation ?

Pourquoi cette hésitation, cette paresse même, avant de t'écrire ?

Mystère.

La joie de recevoir des message de toi, même brefs : deux par mois
depuis juin, je n'était plus habitué à une telle affluence ! Je t'en
prie, écris-moi encore !

Aujourd'hui, je lis l'homme aux loups, et recommence Le vide et le plein
de Bouvier. J'ai acheté aussi l'éloge de l'ombre qui semble très à la
mode ces temps-ci. Souvent, plus qu'une bibliothèque je cherche des
livres compagnons de passage, qui prennent place dans de grands
rayonnages virtuels que je redécouvre périodiquement.

Pater au Cinéma. Excellent.


C'est bientôt ton anniversaire...

20110720

"My love, she speaks like silence"

Cher W.
Depuis que je parle à ma psychanalyste je n'écris presque plus. C'est
étrange, car je m'aperçois que les mots et les constructions que je
développe chez elle n'ont pas d'importance en tant que tels. La thérapie
agit plus par la forme que par les mots - enfin je ne suis pas sûr,
c'est une étrange impression. L'écriture, au contraire est une recherche
infinie de précision et à la fois de suggestion, d'effets de sens.
Écrire me manque.

La nuit dernière en recherchant mon nom sur Internet j'ai retrouvé des
lettres écrites il y a 8 ans : je me reconnais à peine...
Hier je lui ai parlé des cyclones ; je parierais que je suis en pleine
conversion extra tropicale.

J'espère que tu passes de bonnes vacances - et surtout que tu me les
raconteras...

Je t'embrasse,

T.

20110710

Surprise et yeux grands ouverts

Recevoir un message de toi, c'est davantage qu'extraordinaire : c'est
exactement comme, nageant avec une baleine, sentir quelque chose de
vivant qui dépasse son champ de vision : ça existe et c'est là, mais
cela dépasse les capacités d'appréhension. Merci pour cette joie
soudaine !

20110702

Opération Octobre

Je ne peux pas me résigner -malgré beaucoup d'efforts en ce sens - à pourrir. Aussi me lancé-je cet objectif, si peu S.M.A.R.T. soit-il : partager avec toi un café au mois d'octobre.
En forme faudra-t-il que je sois...

20110701

"Je suis ce malheureux..."

Tu me manques tellement !
On dirait que tout ce qui est beau autour de moi reste frappé de transparence, par ta seule absence.
Il faut que j'invente "des chemins de traverse"
Pour sortir de ces marécages.
 
Pourquoi cette incapacité à me résigner ?
Hein, pourquoi ?
 
Je te souhaite de bonnes vacances en secret, mister W.
 
 

20110628

Avant de mourir

Visiter le mont Rushmore.
Passer une semaine dans un Ryokan au Japon.
Manger au restaurant avec William.
 
("Le reste n'est que littérature...")

20110623

Soif de toi ?

Lorsque je ne bois pas je me sens saisi d'une soif inextinguible - si
intense que le monde autour de moi tourbillone ainsi que le liquide que
je pourrais avaler. Alors, quand les effets anesthésiants de l'alcool se
dissipent - je comprends que c'est de toi que j'ai soif et qu'aucune
autre boisson ne guérira cette sécheresse intérieure si intense, si
dévastatrice et pourtant qui par sa violence même me place toujours à la
limite la plus consciente, la plus existante, du vivant

20110620

Mystère

Je me dis souvent que la vie est trop miraculeuse, dans sa rareté et sa
fragilité, pour perdre un seul jour à ne pas t'écrire. Alors, qu'est-ce
qui m'en empêche ?

20110607

Envies... (Un jour ordinaire du mois de mais)

Monsieur W.

J'ai envie de mettre dans des enveloppes des films et des livres qui...
Mais si tu reçois tout ça, que va tu penser ?
J'ai peur que tu ne les aimes pas simplement parce que c'est moi qui te
les envoie... Ce serait injuste envers eux, mais..; comment espérer que
tu tombes, autrement, comme moi sur eux par hasard ?

Je penses beaucoup à toi, qui doit être au début des vacances et avec
les amis que tu aimes tant.

Je t'embrasse

20110411

Penser / Classer

"En fait, me semble-t-il, au-delà de ces quatre pôles qui définissent les quatre horizons de mon travail -le monde qui m'entoure, ma propre histoire, le langage, la fiction-, mon ambition d'écrivain serait de parcourir toute la littérature de mon temps sans jamais avoir le sentiment de revenir sur mes pas ou de remarcher dans mes propres traces, et d'écrire tout ce qui est possible à un homme d'aujourd'hui d'écrire : des livres gros et des livres courts, des romans et des poèmes, des drames, des livrets d'opéra, des romans policiers, des romans d'aventures, des romans de science-fiction, des feuilletons, des livres pour enfants… » Penser/classer, Georges Perec, La librairie de XXI° siècles, [Seuil]

a-phasie

Depuis quelque temps
Non pas un désamour
de la langue
Mais un trajet nouveau
Chercher une autre voix pour
te parler
éternel absent, en apparence si proche
 
Je m'ennuie de toi, et suis entouré de gens frustes et mal élevés (pas dans le bon sens du terme, évidemment...)
 
 

20110331

Une réponse au miracle (Comment vivre l'élipse?)

"Si deux êtres, ne serait-ce qu'une fois, ressentent quelque chose d'une
façon identique, ils pourront alors à jamais se comprendre, peu importe
que l'un ait vécu au temps des mammouths et l'autre à celui de
l'électricité. Et Dieu veuille que les hommes comprennent et éprouvent
de telles impulsions, les leurs et celles des autres." (Un ouvrier de
St-Pétersbourg à Tarkovsky)

20110223

Une femme Mariée

Aujourd'hui,
Psy ("prendre un parti")
 
Annversaire de Gaël : il y a dix ans, je déposais devant sa porte vingt belles roses pour son anniversaire;
Premier salaire, première roses, premier amour.
Aujourd'hui encore, sa voix me fait comme frémir;
Il va venir, peut-être !
 
Demain, je vais à Villars...
Je crois que je t'aime, même sans contrepartie
 
Pourquoi est-ce si difficile ?
 
Je suis si heureux de repasser sur tes traces !
Un peu craintif, aussi.
 
J'espère que tu vas bien.

20110219

On ne demande pas à un nuage...

Lorsqu'un nuage se déchire, se disperse, s'évapore
On explique plutôt que de reprocher
(la température, l'humidité, le cisaillement du vent)
 
Si c'est un homme...
 
 
 

20110203

Rien


En parlant du pain qui lui manque, dans L'espèce humaine, Robert Antelme : "D'aucune autre chose le manque n'appelle autant ce mot : rien."

La musique de cette phrase, sa violence. Quel livre plus terrible ?

Du coq à l'âne : j'ai passé une belle journée, aujourd'hui. Rien n'est donc impossible...

Même sans croire en un Dieu je ne peux m'empêcher de prier, en quelque sorte, pour toi (mais sans aucune mièvrerie). N'est-ce pas que l'amour rend bête ? Parfois à l'inverse dans ma folie il me semble souhaiter que tu sois malheureux afin que tu aies besoin de moi. Je me punis aussitôt par une forte dose de culpabilité.

Rassure-toi : je me soigne, par divers moyens. Mais les remèdes sont longs à agir, et il y a des maux dont on ne veut pas guérir.

Me pardonnes-tu de ne pas t'oublier ? J'essaie de ne penser à toi que discrètement, mais je n'arrive pas à le faire sans laisser la moindre trace.

Pluie de livres soudaines : je parlerai d'eux un moment ? Pour couvrir quoi ? Le rien...

Je t'embrasse. Courage à l'école...

20110125

Où courir ? Où ne pas courir ?

Ce monde qui m'entoure et dans lequel tu n'es pas :
Rien d'hostile, seulement de l'odieusement indifférent. Même les traces fantômes de ta présence renvoient un son mat, dépourvu d'écho, ou bien une lumière bizarrement glauque.
Que tu me manques aujourd'hui ! Comme hier, mais en pire, comme demain aussi, peut-être, et comme je souffre de ton silence, qui, simplement, m'anéantit.
"Aimer, c'est donner ce que l'on a pas", mais je n'ai plus personne à qui donner ce manque, ou ce rêve.
Où es-tu ?

Je me dessine un plan pour survivre, je "t'"en reparlerai plus tard

20110117

"Et le temps (qui bat la mesure)"

 
Ecrire comme un fou
Courir loin des ruines
Relire
Ecrire,
sans honte,
sans peine,
sans peur.
 

20110101

HNY

Happy New Year Monsieur William...

Je me demande bien ce qui t'arrivera cette année...
Je te souhaite ce qu'il y a de mieux en tout cas ! Et beaucoup de belles surprises.


Tristan

20101226

"Nuits sans nuits et quelques jours sans jours"

Cher Poulet,
 
Je n'ai pas écrit depuis longtemps... Cela ne veut pas dire que je t'oublie, bien sûr, mais plutôt que ma vie est mal rangée...
J'ai tant de choses à te raconter !
Je vais essayer, demain.
J'espère que tu vas bien. J'ai aperçu quelques uns de tes dessins sur Facebook et j'ai été vraiment étonné par ta maîtrise et le choix des thèmes. Je n'ai su prendre le temps de bien les regarder mais j'ai eu chaud au coeur en voyant la réalité de ton amour pour le dessin, que je ne connaissais qu'en théorie.
 
Aujourd'hui il a fait beau pour la première fois depuis des semaines... Les montagnes étaient magnifiques, mais occupé à décharger de ses bagages un train je n'ai pas pu m'arrêter pour photographier la neige qui s'envolait des sommets comme la fumée d'un volcan.
 
Bon Noël ! je suis sûr que cela te fera du bien d'être un peu à la maison.
 
Je relis "l'oeuvre de Dieu, la part du Diable" de John Irving, en me disant que ça te plairait aussi, en te donnant un regard nouveau sur l'anatomie de Gray.
 
Bises, monsieur W.
 
Tristan
 
 

20101126

"Mainte fleur épanche à regret / Son parfum doux comme un secret / Dans les solitudes profondes" (Baudelaire)

C'est ainsi également que tombent silencieusement les flocons de neige, le silence étant ici un bruit presque palpable.
Quelle belle vue, cette nuit, que cette averse douce et blanche !
J'imagine aussi, perdu dans le coin d'une vallée élevée, près d'un chalet abandonné pour l'hiver (et, sans doute, abandonné tout court à son sort d'un autre temps), un peu de neige qui chute de la branche surchargée d'un sapin.
Qui est là pour témoigner de cet événement si sage ? N'est-ce pas là le rôle du poète, et l'espace-temps propice au haïku ?

20101124

"Tombe la neige (tu ne viendras pas ce soir)"

Les messages envoyés autour de sept heures du soir ne sont jamais bons : ils sont toujours trop teintés par la mélancolie qui accompagne systématiquement pour moi cette heure de la journée. Contrairement à ce qui semble se passer dans "La Chèvre de Monsieur Seguin", l'heure de la mort ce n'est pas l'aurore, c'est "entre chien et loup" quand les illusions de la vie tombent, pas encore remplacées par les rêves, ou l'ivresse.
Sur les titres, as-tu remarqué comme ceux des livres sortis récemment sont beaux et accrocheurs ? Je n'ai pas d'exemple à te donner car j'ai la tête bien vide, ce soir (ce doit être l'altitude, ou le décalage géographique et horaire). La multiplication des sorties oblige les auteurs (ou les éditeurs) à rivaliser de talent et d'idées pour inciter l'hypothétique lecteur à se saisir du livre. La "captatio benevolentiae" se déplace de la première page à la couverture, au risque, sans doute, de tout donner dans l'instant. Je collectionnerais bien plus facilement les titres que les livres, en ce moment...

Il y a beaucoup de choses ici qui me font penser à toi (la proximité de Martigny, notamment, à travers les lignes de trains, les panneaux indicateurs, les montagnes, et jusqu'à la présence de prospectus de l'exposition Nicolas de Staël (que j'ai manqué de 3 jours...) sur le même format que ceux de Chagall). J'essaye de me concentrer sur mon travail, mais je suis encore le seul membre de l'équipe de bar pour quelques jours; ce n'est pas si facile, donc !

J'espère que tu vas bien et que tu me donneras bientôt de tes nouvelles (quand tu ne seras plus un Petit Poulet Furieux).

20101122

Petit journal en mode absence

Absence ? De qui ? De quoi ? Dans quel sens...
Tentative de dialogue sous une forme plutôt ambitieuse : comment en
effet parler à deux lorsqu'on est tout seul ?
Alors, un petit jeu : varier les heures d'écriture : une fois le matin,
peu après au réveil, ensuite à l'heure du déjeuner, puis après l'apéro
du soir, et enfin au coucher. Voilà qui devrait suffire à varier un peu
le ton, bien évidemment, rien ne compense l'ABsEnCe, il faut bien
tricher un peu pour survivre.
Aujourd'hui, je me suis gavé du soleil sur ma peau. Les odeurs et la
Lumière. Point de départ de ce voyage : la maison (mais est-ce vraiment
chez moi ?).
Point de départ = "on ne part pas" ?
Demain, 6h00, Paris Métropole, hiver, 0 dégré.
Pour faire comme si je me rapprochais de toi, j'emprunterai à dessein un
fragment de ta ligne de RER. Déjà, je me prends pour une religieuse
portugaise (mais plus chanceuse)

20101111

"THE DAY THE EARTH STOOD STILL"

Cher W,
Position d'équilibre au bord de l'abîme...
J'ai besoin d'un peu de temps pour quitter cette zone de turbulences...
Mais je ne renonce pas à la quête de la joie. Même si je dois reconnaître que, là, tu ne m'aides pas beaucoup !!

20101029

Morale de l'absence, Absence de morale

" La vérité se "mi-dit" plutôt qu'elle se dit, indique subtilement
Lacan. Tenter de la dire toute, nous condamne ainsi à la perdre. C'est
dire qu'il n' a pas plus de sincérité sans retenue, que de paroles
vraies sans pensées à jamais vouées au silence. Ce sont ces pensées
silencieuses, index d'un réel, qui permettent à la parole de
s'ordonner." (Anaëlle Lebovits, in Le diable probablement n°8 p9)

C'est donc ici que se réorganise ce qui surnage du non-dit et qui a
réchappé du naufrage, si naufrage il y a eu. Est-ce de la résistance ?
Non, au contraire, c'est le réel qui suit son cours. Et le début de
quelque chose de neuf.

Bon, autant dire tout de suite qu'à l'heure actuelle ce n'est pas très
joyeux - Mais tout n'est pas vide,, heureusement, et l'espace se
remplit.

20101012

20101005

"L'année du miracle et de la tristesse"

Cher William,

En deux mois j'ai réussi l'exploit de te retrouver, et de te perdre à nouveau ...
Je m'en veux un peu, quand même !!
Il n'y a pas grand chose, à part de la tristesse, ce soir...

Je t'embrasse, et j'espère que tout va bien se passer pour toi.

...

20100913

S'ouvrir au monde (version 2)

 
There are few sights in the natural world more impressive than a hurricane near maximum intensity. Hurricane Igor certainly fits that description this morning, as it flirts with Category 5 strength in the Central Atlantic. Igor's rapid intensification burst brought the mighty hurricane's winds to 150 mph, just shy of the 156 mph threshold for Category 5 status. Igor is the strongest hurricane in the Atlantic in three years. The last hurricane stronger that Igor was Category 5 Hurricane Felix of 2007.

S'ouvrir au monde (version 1)

 
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levi strauss

Pas plus que l'individu n'est seul dans le groupe et que chaque société n'est seule parmi les autres, l'homme n'est seul dans l'univers. Lorsque l'arc-en-ciel des cultures humaines aura fini de s'abîmer dans le vide creusé par notre fureur, tant que nous serons là et qu'il existera un monde - cette arche ténue qui nous relie à l'inaccessible demeurera, montrant la voie inverse de celle de notre esclavage, et dont, à défaut de la parcourir, la contemplation procure à l'homme l'unique faveur qu'il sache mériter : suspendre la marche, retenir l'impulsion qui l'astreint à obturer l'une après l'autre les fissures ouvertes au mur de la nécessité et à parachever son œuvre en même temps qu'il clôt sa prison ; cette faveur que toute société convoite, quels que soient ses croyances, son régime politique et son niveau de civilisation ; où elle place son loisir, son plaisir, son repos et sa liberté ; chance, vitale pour la vie de se déprendre et qui consiste - adieu sauvages ! adieu voyages ! - pendant les brefs intervalles où notre espèce supporte d'interrompre son labeur de ruche, à saisir l'essence de ce qu'elle fut et continue d'être, en deçà de la pensée et au-delà de la société : dans la contemplation d'un minéral plus beau que toutes nos œuvres, dans le parfum, plus savant que tous nos livres, respiré au creux d'un lis ; ou dans le clin d'œil alourdi de patience, de sérénité et de pardon réciproque, qu'une entente involontaire permet parfois d'échanger avec un chat.

Claude Lévi-Strauss, dernières phrases de Tristes tropiques, 1955.

20100910

Oh une amie

 
Cher William,
 
Pour la première fois depuis longtemps j'ai trouvé une amie à qui je pouvais me confier. Pour la première fois j'ai raconté notre histoire à quelqu'un... Quel bonheur ! Un grand poids a soudain disparu de ma poitrine.
 
Pardonne-moi de t'avoir tant demandé d'un coup. J'ai vraiment été bête et pour le coup c'est toi qui a montré plus de maturité que moi. Un comble... J'espère ne pas avoir tout gâché, et que le temps me guérira,  qu'on partagera encore des choses, plus tard, et surtout qu'il y aura beaucoup d'humour, de légereté, et de confiance.
 
Je crois qu'il est temps que je me taise, maintenant, et que j'ouvre les yeux sur le monde...

20100909

Projets (time is running out)

Je me donne cinq ans pour devenir écrivain
Six pour courir un marathon
Sept pour enseigner l'Aikido
Dix pour devenir psychanalyste.


Aujourd'hui je suis malheureux, tes messages et nos échanges si récents auxquels je m'étais instantanément habitué me manquent. Tu me laisses lamentable sur une plage déserte et sans charme. Il faut que je laisse passer quelques jours pour que ma gorge se déserre. Encore laisser passer les jours... Longue, interminable convalescence. Ne suis-je pas pathétique en souhaitant que tu sois au moins mon ami ? J'ai peur que même ce souhait tu ne me l'accordes pas, et tout en me repprochant d'être nul avec toi et d'avoir commis toutes les erreurs possibles, je ne comprends pas pourquoi tu me fuis si fort et si loin. Je prie pour que tu changes d'avis, que tu reviennes juste un petit peu de temps en temps. I just hate myself today.

Je t'embrasse en secret.

20100908

...

Victoire !

Pour la première fois j'ai réussi à monter cette putain de côte en courant SANS M'ARRÊTER !!

Les plombs ont sauté (disjoncteur cérebral)

J'évite de penser à cette infranchissable distance qui me sépare maintenant de toi. Et par chance j'y parviens un peu pour l'instant, comme si mon cerveau se protégeait lui-même. J'espère que ça va durer... Et que je saurais conserver l'élan que tu m'as apporté ce dernier mois.

Je pense à toi, travaillant sans relâche dans ta petite chambre. Courage ! Je sais que tu y arriveras.

20100907

Je m'habillerai toujours en bleu

Cher William,

Je passe de la nuit la plus heureuse à la nuit la plus triste...
Je crois que tu vas me manquer toute ma vie, maintenant.

Mais ça ne fait rien, ou presque, je continuerai de t'écrire.

Merci pour tes caresses et ta présence.

Je t'aime

"Aimer à perdre la raison"

J'ai peur de t'avoir tellement deçu que tu ne veuilles plus entendre parler de moi.
Pourtant, être avec toi était tellement magique.
Je suis horriblement perdu, alors que je voudrais seulement t'apporter du bonheur. Je suis un odieux crétin. Pardon.

20100818

Lettre noire, très noire, d'un pays sombre, très sombre (à moins que ce ne soit l'inverse)

Cher William,

I don't know why I keep using this page to write you letters since you allowed me as a friend on facebook. I may still be as shy as a wild cat, not yet tamed nor used to your re-discovered friendship. Neither do I want to trouble you with my so personnal doubts during your first days of freedom and manhood; I still hope though that you will find these words one day or another, and understand and forgive my weaknesses - or tell me to behave...

As my other William friend (the S. one) would put it : "In truth I know not why I'am so sad"

I can't stand my job anymore (well, this is not breaking news, let's say that the physical effects of this disgust or incapacity are now having terrible consequences on my health and mind) and despite those drawbacks, i'am still loving it, and the beautiful places I'am living in, and the nice people i'am meeting everyday . So what can I do ? It's so difficult, I'am not a natural born manager, as you would guess easily, and working here is emptying me of all the meager ressources I own.

Could you believe that I need one bottle of gin every single day to merely be able to go to work ? Of course, nobody could tell, because of my theatrical skills, but nonetheless this is the sad and despicable truth. Just one year ago, this magic recipe was still working, but now I'm just so tired and weak and bored - and my body is not going to stop to warn me...

I am sure that having a friend here would prevent me from doing such stupid things, but it is a vicious circle, and I know that you'll understand me, because solitude (or loneliness) was one of the thing that made us connect together.

Et surtout je suis devenu muet, incapable de formuler ce que mon cerveau pas trop abîmé encore mais en voie de l'être me crie : "casse-toi le plus vite possible, et remets-toi à marcher sur tes jambes avant qu'il ne soit trop tard."

It's been so long since my last nice evening (you know, when in bed at night you're thinking about the beautiful day you just had...). It would be so difficult to clearly explain to you all the frustration I feel while spending all my days working with no friends to talk to and spend time with; but with your stay in Bayonne you just reminded me about the importance of living with friends and sharing time with people you like.

Il fallait bien que je le dise et tant pis si ce n'est pas bien écrit où s'il vaudrait mieux l'avouer à un psy plutôt qu'à toi. Je ne veux rien te cacher, même si "garanty void if seal broken", nous sommes les deux personnes auxquelles je ne souhaite pas mentir


Voilà aussi pourquoi je semble tellement à l'affût de tes nouvelles, comme un nageur près de la noyade arrivant dans une poche d'air.

Please forgive me for the very formal and bordélique tone of this letter - I know that you won't be able to offer me any magical answer but it's my way of saying that I'am so affraid of dying or suffering or being unable to be with you and be a good and profitable friend to you.

Mais, tout de même, le ciel est bleu et les cigales chantent (heureusement...)

Big hug,

Tristan

20100814

Au loin s'en vont les nuages (Toute la pluie tombe sur moi)

L'orage gronde ici depuis deux jours. Pour le malheur de nos clients qui veulent toujours du soleil. Quelle idée ! Un monde sans pluie serait d'une telle tristesse... "Pour un cœur qui s'ennuie / Ô le chant de la pluie !" (Rimbaud).

"Au loin s'en vont les nuages" est un film finlandais de Kaurismaki. Les couleurs de ce film et l'apparente simplicité du scénario - un couple perd un travail, fini par en retrouver un en ouvrant un restaurant - , le mystère de cette langue bizarre... Et ce si joli titre ! Tout s'accorde pour faire de ces images un OVNI (a propos d'OVNI, le gouvernement Brésilien vient de voter une loi pour que les pilotes d'avions signalent obligatoirement toutes les apparitions d'OVNI dans le ciel...) dont je me souviens 13 ans après l'avoir aperçu.

Je compte sur toi pour aller beaucoup au cinéma... A côté de la fac de médecine près de la Rue des Ecoles (un coin où tu iras forcément pour ses librairies médicales et ses boutiques où on vend des squelettes en plastique) il y a beaucoup de salles où on projette des merveilles, anciennes ou récentes, et c'est vraiment le cœur de Paris, et pas la tour Eiffel, comme on le croit trop souvent...

Dans un autre registre, la température anormalement élevée des océans a modifié cet été la direction des vents très puissants ("jet streams") qui survolent l'Europe et en déterminent le climat, d'où la chaleur extrême de Moscou (et d'ailleurs aussi, 17 records absolus de températures ont été battu le mois dernier un peu partout dans le monde) et les graves inondations du Pakistan.

Pas de cyclone dans l'atlantique, mais les modèles informatiques prévoient l'apparition d'une dépression tropicale vendredi prochain...

Si je devais refaire des études, je crois que je ferais de la météorologie, qui est aussi passionante que la littérature lorsqu'il s'agit d'expliquer les mystères du monde...

En 2012, il y aura un cyclone qui s'appelera William ! (enfin peut-être, car il est en fin de liste, et il en faudrait 22 avant...).

Bon, assez de bêtises !

20100810

William,

Ne te laisse pas effrayer par mon "lyrisme de poitrinaire bleuâtre" (C'est ainsi que Flaubert parlait du style de Lamartine).
J'ai suffisement attendu dans mon coin pour perdre le contact avec le réel, et pour tout te dire je suis également en plein choc thermique.
D'autre part je ne pense pas avoir mal interprété tes propos, mais il faut que tu d'habitues à mes moqueries douces...
J'apprécie ta lucidité, d'autant qu'elle a les reins solides, pour être encore bien vaillante à une heure aussi avancée de la nuit.
Enfin pardonne-moi si tu te sens débordé - il fallait que je te dise tout cela, et maintenant ça va mieux.

C'est un beau choix de carrière, Médecin, mais j'espère que tu n'oublieras pas tes penchants pour l'art. C'est important d'avoir plusieurs cordes à son arc...
Je te souhaite bon courage, en tout cas. Il faudra que tu me racontes, la fac de Médecine devant être si étrangère à ce que j'ai connu...

Je crois que nous avons eu une adolescence très différente. Je suis resté un petit garçon très longtemps, et pas un très bon élève dans la plus belle île du monde, à m'amuser dans les forêts et dans les rochers avec des amis qui ont partagé davantage mes jeux que mes pensées. Ce n'est que vers quinze ans que j'ai commencé à regarder davantage le monde, surtout lorsque je suis allé au Festival d'Avignon (quatre fois de suite) pour assister à des centaines de pièces de théâtre qui ont tellement influencé ma vie par la suite. Quelques professeurs (en Lettres et en Philo) m'ont fait apercevoir des merveilles et j'ai alors découvert le plaisir de lire autre chose que du Jules Vernes et d'apprendre. J'ai eu la chance aussi d'avoir des parents attentifs mais qui m'ont laissé totalement libre (il faut dire que j'étais très sage...) même si mon père aurait préféré que je passe un bac S pour être un peu sérieux... Quoiqu'il en soit à 17 ans, après ma mention Très Bien (et toc !) j'ai quitté la Réunion et la maison pour un internat et une prépa Lettres. Là encore, j'ai investi toute mon énergie dans le travail et j'ai eu la chance d'avoir une excellente prof de géographie qui a pris le temps d'orienter un peu dans le monde le petit garçon que j'étais toujours. Après cette année j'ai passé deux ans à Henri IV - où j'ai commencé à tomber amoureux de garçons qui m'écrivaient de jolie choses, mais qui préféraient toujours les filles. Après avoir raté deux fois normale sup (bon la deuxième fois je ne me suis pas vraiment appliqué...) j'ai commencé à me sentir épouvantablement seul (en réalité ça avait commencé avant mais écrire des lettres d'amour me suffisait, et je n'avais pas encore pris conscience que la philo que j'aimais tant n'avait en fait rien a voir avec ce qu'on apprenait en fac). J'ai passé ainsi 7 ans à Paris, à courir les cinémas et à lire, à suivre les philosophes que j'aimais (Derrida !).
A côté d'Henri IV il y avait un pub Irlandais que j'ai si souvent fréquenté qu'il a fallu que j'y travaille pendant 4 ans ! Ceux qui le tenaient sont devenu ma deuxième famille et m'ont appris un métier et le plaisir de vivre la nuit dans les plus beaux lieux (et parfois les plus gores) de la capitale. Ils se sont si bien occupés de moi... J'aurais bien continué comme cela longtemps, hélas, le père est tombé malade et est mort en deux ans d'un cancer du poumon. Sa femme en est devenue un peu folle et a quitté provisoirement son pub et Paris. Et moi je suis rentré au Club Med où j'ai concilié mon goût pour le bar et l'ambiance d'internat.

C'est un peu confus tout ça... Je comprends maintenant ce que voulait dire Patrick Bruel quand il chantait "on peut pas mettre dix ans sur table, comme on étale ses lettres au scrabble". Tu vois, je peux aussi faire des citations populaires...

Je te laisse maintenant, il faut que j'aille préparer le bar pour l'assaut de dix heures... Et l'arrivée de l'Ambassadeur de Chine qui vient passer une semaine ici...

J'espère que tu me répondras vite, mais garde quand même du temps pour tes amis : c'est tout de même avec eux que tu es parti en vacances !! Et dors aussi !

Je t'embrasse,

Tristan

20100801

Compte à rebours

 
Bonsoir Monsieur.
 
Je suis à la fois plein de joie et de fatigue ce soir. C'est la fête nationale Suisse, aujourd'hui. Demain tes dix-huit ans...
 
Je te souhaite de beaux rêves cette nuit !
 
 

20100730

Angst (Coupable by Thiéfaine)

 
Mon petit Poulet,
 
Que vais-je faire dans trois jours, lorsque les mille levers de soleil qui nous séparent auront fini d'apparaître ?
 
Fêter ton entrée dans la vie des grands, bien sûr.
 
Mais j'ai peur de m'écrouler, sans toi, car il ne reste aujourd'hui de ce que je croyais être moi que des ruines.
 
Ta tête sur mon épaule, et tes yeux, voilà ce que toute  la littérature et  mon expérience du monde désignent comme le bonheur, et pourtant... que la montagne est belle.
 
 
Je t'embrasse,
 
Tristan
 
 
 
 
 

20100711

Sometimes

Bonsoir Monsieur,

Toujours je me souviens dans les beaux lieux ou endroits calmes
De votre visage,
Pourtant ce n'est que l'absence de ce visage qui saute aux yeux.
Et le son de votre voix
C'est le silence en creux.

Qu'est-ce que le monde ?
Rien d'autre que votre ombre (un brin lointaine).

Est-ce que je vous aime ?
Sans toi, pas d'indice.

20100705

Time is running out

Beaucoup de jours sans message,
Mais aucun sans pensée.

Je tremble de peur à l'idée de t'écrire.

20100617

Jour d'orage et de pluie

 
J'aimerais bien lire ta dissertation de philo d'aujourd'hui...
 
Bon courage !

20100529

Télégramme ("Encore plus loin, ailleurs")

Cher W.,

Je t'ai dit que je te raconterai. Toutes mes excuses pour cette attente.
Peut-être que ces derniers jours ne valaient pas la peine d'être
racontés. Parfois aussi, la vie est comme un long vol en avion duquel on
voudrait bien sortir quelques instants pour se dégourdir les jambes.
Alors on fait comme si on l'oubliait.

Je pense déjà depuis quelques jours à la lettre que je t'enverrai pour
ton anniversaire. J'aurais aimé te l'envoyer sur ton adresse mail, pour
te donner le choix d'y répondre ou pas sans avoir l'air d'attendre
quelque chose. Mais je me doute que cette adresse n'est plus valable. Et
comme tu as supprimé l'option "envoyer un message" sur Facebook, ma
seule façon de te joindre est de te demander comme "ami". C'est la pire
solution, je le sais...

Je n'ai pas envie d'être ton ami sur Facebook, je voudrais simplement te
dire que je pense encore à toi, que j'aimerais que notre histoire
continue d'une manière ou d'une autre, ou pas mais qu'au moins elle
s'arrête dignement. Si elle ne continue pas, cela me ferait moins
souffrir de pouvoir te dire au revoir, ou adieu - au lieu de rester sur
le brutal silence que j'avais par mes maladresses provoqué.

Mon bébé... Voici mon plan : je n'ai pas de plan.

S'il n'y a pas d'autre issue, je veux seulement te remercier pour les
moments que nous avons passés ensemble et qui ont pour moi été si
proches de ce qu'on appelle communément : joie.

Il m'importe encore plus de te demander pardon pour mes bêtises et pour
ces affreux instants que tu as dû subir par ma faute. Je n'ai pas
d'excuse, si ce n'est que la joie rend ivre.

Tu sais tout sur mes tentatives de retrouvailles...

Et que la vie reprenne son cours !

Je t'embrasse

Tristan

20100514

Out of Marrakech

Cher W,
Je pars demain. En me relisant, je ne trouve rien de décisif. Suis-je idiot ?
Sans doute.
Je passe la moitié de mon temps à te demander pardon.
Il faudrait que ça cesse !
Si tu avais vu les montagnes couvertes de neige au loin, je suis certain que tu aurais frémi avec moi.

20100430

"On ne part pas"

La valse des départs et des arrivées commence.
Seul moi pour l'instant sans nouvelles - et curieusement c'est plus l'heure du départ qui m'inquiète que celle de l'arrivée.
Si je pouvais partir, laisser cette violence derrière moi : cette angoisse que j'avais insideusement transformée en mépris et qui me revient en pleine face : c'est moi le méprisé, à présent.
Je relis le journal de Guibert - j'ai envie maintenant de trouver ses romans.
Toujours incapable de sortir de cette chambre qui se transforme peu à peu au mieux en niche, au pire en tanière. J'ai vu un cafard, l'autre jour, et Kafka fait de nouveau irruption dans ma vie. Incapable d'aller jusqu'à la bibliothèque pour rendre mes livres : le symptôme se précise.

Reportage sur les lycéens qui préparent le bac : seule petite idée que je peux avoir de ta vie. J'aurais tant besoin que nous puissions encore une fois faire quelque chose ensemble. Même une toute petite, même juste prendre un café, ce qui serait comme un peu d'oxygène au cours d'une longue asphyxie.

Je te souhaite anonymement et secrètement bon courage - si le monde était bien fait, tu devrais tout de même le sentir d'une manière ou d'une autre.

20100423

20100419

Le moment de la vérité

Je suis toujours surpris de l'importance que les gens ici donnent à l'apparence, à la façade et de ce message que livre un tel voile solide (presque un mur, donc): tu connaîtras tout, sauf moi. C'est pourtant quelque chose que je pratique allégrement, mais, n'ayant de familiarités avec quasiment personne, je ne trouve pas les clefs qui me permettraient de me sentir à l'aise avec les gens. D'autant que ce qui fait la différence, c'est une sorte de foi intense dans ces murailles alors que chez moi ce n'est qu'une sorte de brouillard, l'intérieur de la poule étant plus important que les plumes.
Evidemment, mon existence à moitié nomade me protège plus efficacement, c'est peut-être l'explication.

Mon petit poulet - j'ai rêvé de toi cette nuit, dans des sortes de retrouvailles qui si tu les vivais oniriquement en simultané feraient de notre existence une sorte de roman à la Marc Levy (yuk, n'est-ce pas , Dégoûtant). Pourtant : mon ravissement cette nuit et ce matin. Me pardonneras-tu d'être incurable ?

Le nuage ! Vérité du monde réel contre l'homme marionnette.
Vérité du monde marionnette contre l'homme réel (le business man).

Je n'ai pas envie de travailler, mais de me promener dans les bois et de faire de l'aikido - peut-être la seule vérité du jour.

Est-ce que tu vas bien ? Pourrais-je le savoir un jour ?

20100416

Catastrophe naturelle

Guillaume Durand et Michel Onfray la semaine dernière : Freud est un charlatan, un imposteur, et toute rhétorique fasciste de revenir en force à la télévision.

Comment s'étonner après cela des éruptions volcaniques qui clouent nos avions au sol ?

20100414

Crash test ( I-pad in a blender) - copie d'une lettre à gaël et à mes amis si lointains

 
 
 
Cher Gaël,
 
 
J'avais le sentiment en t'envoyant le dernier e_mail - message dans la bouteille, si tu veux, mais pourquoi avoir rajouté cet "empty" qui excède les paroles, alors qu'il est déjà sous-entendu, sinon pour souligner que "jamais un message ne comblera le vide de la bouteille" ? - et sans négliger ton aversion pour l'analyse relationnelle que c'est un malentendu qui nous lie  et nous sépare finalement : ton détachement apparent et trop souvent souvent affirmé pour la machine de guerre institutionnelle, je l'avais pris pour une résistance alors qu'elle ne traduit qu'un amour immodéré pour elle.  Quant à moi je squatte des hôtels en prétendant qu'une entreprise supplérait à une rencontre.
Deux ironies qui paraissaient si semblables il y a dix ans et qui n'ont presque plus rien à voir aujourd'hui, comme tu le reconnais toi-même.
 
Je suppose pourtant qu'au bout du compte ces deux positions se rejoignent - nous nous tromp(i)ons tous les deux -, mais je n'en suis pas sûr.
 
Tu as lu les mandarins ? C'est un roman totalement mal écrit et inutile - il aurait pu être remplacé par un essai de 30 pages - et ma récréation du moment : il chante l'hymne à la morale - Qui donc vit comme il faut ? - et ses apories, c'est pour cela que j'en viens à aimer Lacan ("l'homme est celui qui rêve évéillé")
 
Je sais que c'est idiot, mais je ne me relève pas de nos derniers échanges - d'où mon appel au secours :  je t'en veux toujours pour ton train manqué vers moi, comme je m'interroge sur ta manière de m'avoir laissé dans ton appartement vide comme une bouteille contenant le message adressé au junky que je suis devenu : "ashes to ashes", et surtout sois sage.
 
 Mais sage j'espère bien ne l'être jamais - en toute ironie bien sûr. Ne m'en veux pas pour ces paroles en télégramme qui sont un si pauvre substitut d'une bonne discussion entre amis : tu me manques et la rhétorique n'y peut rien.
 
Je t'embrasse depuis mon bar menacé par 46 polonais qui boivent pour oublier, et je n'écris rien sur ton mur.
 
Je serai à Villars cet été.
 
Tristan

20100409

"Savoir y faire avec le refus du réel" (Pélerinage, débilissime ?)

Lorsque j'ai demandé à partir pour la montagne, sans doute ai-je espéré vaguement revenir près de mes souvenirs.
Ainsi vais-je pouvoir poser mes mains là tu as posé les tiennes lors de notre première rencontre, reprendre ces mêmes trains, passer devant ton anciene chambre, m'asseoir à la table même où nous nous étions installés, après l'exposition Chagall.
Certes tu ne seras pas là, mais les pélerins vivent-ils autre chose qu'un erzatz du passé ?
Même si c'est pour faire le deuil de notre histoire, je suis heureux de le faire dans ces conditions, au point même du jallissement.

Je te demande pardon d'être aussi idiot ; je n'arrive pas à m'empêcher de penser à toi.

20100401

Infidèle (le remède pire que le mal)

Mon petit copain a été licencié au bout de deux jours et a dû retourner à Casablanca.
C'est vrai qu'il n'a pas grand chose dans la tête, aussi bien au travail que la nuit. Et pourtant on ne doit pas manquer d'égard pour un homo qui doit faire semblant d'être un homme, dans un pays où l'homosexualité est toujours un délit. Et pourtant, aussi, il fait très attention à ce qu'on lui dit. Et j'aime la simplicité. Je crois que je suis un paysan qui s'ignore.

Tu dois me pardonner. C'est si bienfaisant de s'endormir près d'un garçon qui te serre dans ses bras...
Pourquoi ces vacances n'ont-elles pas duré au moins une semaine ?
Peut-être, si cela avait duré une semaine, aurais-je demandé une semaine supplémentaire ?
Jusqu'où va la mauvaise fois...

Cela ne veux pas dire que tu ne me manques pas. Simplement qu'il m'arrive de manquer de courage.

Je pense à toi

20100326

Carte Postale 2/3 : Gens de Paris

Revoir des visages, qui, au contraire des murs, ont changé, entraînés dans l'existence par quoi ? Le temps, le destin ou le hasard ?
Chacun s'est rigidifié dans le rôle qu'il a choisi. Par reflet je m'imagine ainsi plus dur, moins flexible, marqué par les dix dernières années - Immobile aussi sur certains points.
La mère, l'amant, l'ami, la patronne du café : comment résister, au sein d'un décor, à son personnage de carton ?

20100325

Les bosons de Higgs et la Lune Verte

Quelques milliards d'années plus tôt, la matière rassemblée dans l'espace d'un terrain de foot.
Ainsi, nous fûmes déjà proches physiquement.
Chacune de nos molécules, avant même d'être constituée a vaincu son double d'antimatière.
Comme l'idée de Dieu est triste, par rapport à cet éclair.

Et, en même temps, tout est normal...

20100322

Carte Postale I : Les murs de Paris

Mon petit poulet,

Les murs de l'aéroport, si sales, même pas entretenus
Les murs du RER en mode mixte Réparation / Ruine (La station Luxembourg, d'ailleurs)
Les arrières murs qui disent la vérité sur les supermarchés de banlieue
Les murs d'Henri IV, que rasent ses élèves si semblables à ceux de mon temps
Les murs du Finnegans wake, mon repaire, là où repose une partie de ma bibliothèque, en sursis (scission prévue en murs , fond de commerce, Licence IV)
Les murs du cinéma, un film sur le bar - A Good Heart - et sa morale : "un homme doit pouvoir partir à la guerre et revenir dans son bar inchangé"
Les murs des appartements des amis, à l'intérieur desquels je me sens si bien que je ne parviens pas à dire la solitude des autres jours.
Les murs de Beaubourg, ma maison, ce lieu de bonheur inoxydable

Les murs inconnus que tu fréquentes, et qui sont bénis par ta présence

Carte postale de Marrakech instead

Mon poulet,

Je voudrais que tu puisses voir cette place. Je t'emmenerais voir les marchands de menthe, qui sont devenus mes amis.
Il faudrait changer la place de la Concorde en place Jemâa el fnâ...

Je t'embrasse, j'espère que tout va bien.

Tristan

20100321

Le seul moyen de vivre

Mes excuses à Clarice pour la mauvaise citation de son titre (qui n'est pas le sien mais l'extrait d'une lettre que voici )

"Ma petite sœur, écoute mon conseil, écoute ma demande : respecte-toi plus que tu ne respectes les autres, respecte tes exigences, respecte même ce qu'il y a de mauvais en toi - respecte surtout ce que tu imagines être mauvais en toi - pour l'amour de Dieu, ne cherche pas à faire de toi une personne parfaite - ne copie pas une personne idéale, copie-toi toi-même - c'est le seul moyen de vivre." (Berne, le 6 janvier 1948).

20100320

Préambule aux trois cartes postales : Les murs de Paris ; Les gens de Paris ; L'avenir

Je suis en train de lire un recueil de lettres de Clarice Lispector, une écrivain brésilienne célèbre qui est souvent rapprochée de Marguerite Duras (mais je n'adhère pas vraiment à cette comparaison) et dont Hélène Cixous parlait souvent dans son séminaire. Dans les lettres qu'elle envoie à son jeune fils en séjour aux Etats-Unis, elle ne cesse de l'appeler par des noms affectueux : "Ma petite sauterelle", "Mon moustique", "ma fleur d'avocat" etc... C'est idiot mais j'aime beaucoup cela, tu le sais bien, puisque de temps en temps - moins que j'en aurais envie, car j'ai peur que tu trouves cela ridicule - je t'appelle "mon petit poulet." Est-ce que tu trouve cela ridicule ? Ce n'est qu'une façon littéraire de se rapprocher d'une personne éloignée et de lui témoigner un peu d'affection sous la forme d'un vocable unique, qui en qualifiant la relation lui donnerait le même caractère unique qu'un prénom. Rassure-toi, je ne te nommerai pas ainsi en public, si l'occasion s'en présentait...
Je suis content d'avoir trouvé ce livre de Clarice, racoleusement intitulé "la seule façon de vivre" : comme autrefois, la lire me convainc de ne pas avoir honte de parler des choses qui me préoccupent, et m'encourage à baisser le niveau d'exigence de mon auto censure. Je vais tenter d'écrire chaque fois que j'aurais envie de boire ou de fumer : je voudrais que l'écriture devienne ma nouvelle drogue. Cela commence à faire long pour une simple carte postale - considère ce paragraphe comme un simple préambule, dans lequel que m'arroge le droit de commencer mes trois cartes à venir "Cher petit poulet".

20100319

Carte postale de Paris

Cher Willy,

Cette carte postale n'est pas vraiment de Paris, puisque je suis déjà de retour au Maroc après à peine deux jours passés au loin. Je voudrais te montrer quelques unes des images (sous forme écrite) qui ont marqué mes vacances, et l'ouverture de ma quatrième décennie...

Tu me manques,

Je t'embrasse

20100314

Dans la solitude des grosses vagues

Comme j'aime la météo
"Homme libre, toujours tu chériras (les tempêtes)"
Tomas et Ului,
Des vagues,
Du vent,
Et surtout, un système, des modèles, un discours.

Le vent l'emportera
(et tout disparaîtra...)

20100312

Projet

Je me demande ce que je fais ici, dans cette existence sans-dessus-dessous et spasmophile.
Le décor idéal serait :
Une petite maison vieillotte
Des livres
Un peu de thé
Une forêt sombre dont les arbres choisiraient de se taire devant les angoisses du promeneur, par pudeur, peut-être, sinon par empathie.
La joie viendrait paradoxalement des heures sombres

20100311

Joie, joie, pleurs de joie !

Quelle surprise de découvrir une nouvelle image de toi !
Comme tu as de beaux yeux, encore ! (même si je ne suis pas le loup du petit chaperon rouge...).
Merci d'être toujours là, même loin
Le monde n'en a que plus de saveurs.

Brigitte Fontaine à la télé hier soir
- Ah que la vie est belle !

20100307

Marées - (et si tu étais là)

Il y a des jours où je me sens excessivement loin de toi, et où tu n'arrives dans mes pensées que dans l'après midi. Aussitôt je m'en veux et presque comme une prière, je demande à conserver la force de penser à toi. D'autres fois, comme aujourd'hui, il semble que tu débordes de partout : du ciel, des gens, des murs, des interstices, et même des situations. Comme une marée qui monte. Alors, tout mon être tremble, et je frissone du plaisir de ton absence devenue si réelle, presque palpable.
Ma première bonne affaire au souk, le départ d'amis, la fatigue, voilà ce qui préside au "storm surge..."

20100302

Il pleut (c'est tout ce qu'il sait faire)

Ce soir je suis un peu triste de voir partir un gentil garçon
Heureux de recevoir ma maman

Et il y a du vent et de la pluie, alors ça semble un peu vivant.

Je t'embrasse, petit poulet.

20100228

Z - Le temps de conclure

Pourquoi avoir mis tant de temps ?
Tant de zigzags,
Tant de rêves ?

L'abécédaire est fini, il faut trouver un autre projet.
Un calendrier de l'avent ?
Trop tôt...

Alors, en attendant, toujours quelques lettres éparses. Témoins de mon témoignage.

Dans quelques jours, Paris, afin de distraire un peu le présent par le passé.
Je t'enverrai une carte postale de pensée, espérant qu'elle te rejoigne, au moins dans une autre dimension, sinon dans un de tes beaux rêves.

20100131

Y - Le chemin de Pythagore

L'embranchement.

Question de CLG (culture littéraire générale) :

"L'embranchement dans une œuvre de votre choix"

20100122

X - Il n'y a plus d'inconnu(s)

Nous arrivons vers la fin de cet abécédaire. J'ai tenté de parler le plus possible de choses belles et extérieures à mon irrémissible vide, avec la sensation d'échouer la plupart du temps. Tout de même, c'était un bel essai...

Je me rends compte qu'avant de te rencontrer il me manquait quelqu'un et que depuis notre séjour à Villars c'est toi qui me manques.

Le reproche que je me fais souvent c'est de n'être pas vraiment amoureux mais de rêver de l'être. Comment faire autrement ? Tu es si loin, j'ai tellement peu de lumière de toi me parvenant, qu'il faut bien pour compenser qu'embraye l'imaginaire. J'espère avoir la chance dans l'avenir de partager encore quelques moments avec toi.

Je continue de penser à toi.

20100110

W - Willy

Voici l'article le plus exigeant - La 23ème lettre.
Que raconter, et comment, en espérant être à la hauteur ?
Une rencontre bien improbable, une rupture inévitable et tellement douloureuse.
Un enchantement de quelques jours qui a eu pour cadre un vieil hôtel, un petit train, une salle de spectacle et quelques tableaux .
Une matière bien suffisante pour durer, en somme.

20100109

V - Voix (donner de la)

Chance inacoutumée, un orchestre de cuivre accompagné d'une soprano vient répéter devant le bar tous les matins cette semaine. Bien que l'acoustique ne soit pas fameuse, c'est une brêche qui s'ouvre dans le triste réel, et la voix fascine, ordonne, assagit la brutalité de ceux qui l'entourent - même si un grand nombre tente de résister...

Quant à moi, qui vais sur mes trente ans, n'est-il pas temps de donner de la voix, d'écrire enfin quelques pages suivies, de construire des paragraphes aussi volantaristes qu'un chant ?

Le chant du rêve qui cette nuit si je l'analyse correctement m'enjoignait de renoncer, non pas au monde mais à l'art, puisque je voyais tous mes anciens amis devenir fous et que j'abandonnai la course avant une montée inattendue, craignant l'effort, mais à ma vie présente, dissipée, inutile, improductive ? Est-ce le sujet qui parle ?

20100108

U- Joker : je ne trouve rien à dire sur ce U (Proust by himself)

Your favourite virtue. Le principal trait de mon caractère. Le besoin d'être aimé et, pour préciser, le besoin d'être caressé et gâté bien plus que le besoin d'être admiré.
Your favourite qualities in a man. La qualité que je préfère chez un homme. Des charmes féminins.
Your favourite qualities in a woman. La qualité que je préfère chez une femme. Des vertus d'homme et la franchise dans la camaraderie.
Your chief characteristic.
What you appreciate the most in your friends Ce que j'apprécie le plus chez mes amis. D'être tendre pour moi, si leur personne est assez exquise pour donner un grand prix à leur tendresse.
Your main fault Mon principal défaut. Ne pas savoir, ne pas pouvoir « vouloir ».
Your favourite occupation. Mon occupation préférée. Aimer.
Your idea of happiness. Mon rêve de bonheur. J'ai peur qu'il ne soit pas assez élevé, je n'ose pas le dire, j'ai peur de le détruire en le disant.
Your idea of misery. Quel serait mon plus grand malheur ? Ne pas avoir connu ma mère ni ma grand-mère.
If not yourself, who would you be? Ce que je voudrais être. Moi, comme les gens que j'admire me voudraient.
Where would you like to live? Le pays où je désirerais vivre. Celui où certaines choses que je voudrais se réaliseraient comme par un enchantement et où les tendresses seraient toujours partagées.
Your favourite colour and flower. La couleur que je préfère. La beauté n'est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.
La fleur que j'aime. La sienne- et après, toutes.
Your favorite bird L'oiseau que je préfère. L'hirondelle.
Your favourite prose authors. Mes auteurs favoris en prose. Aujourd'hui Anatole France et Pierre Loti.
Your favourite poets. Mes poètes préférés. Baudelaire et Alfred de Vigny.
Your favourite heroes in fiction. Mes héros dans la fiction. Hamlet.
Your favourite heroines in fiction. Mes héroïnes favorites dans la fiction. Bérénice.
Your favourite painters and composers. Mes compositeurs préférés. Beethoven, Wagner, Schumann.
Mes peintres favoris. Léonard de Vinci, Rembrandt.
Your favourite heroes in real life. Mes héros dans la vie réelle. M. Darlu, M. Boutroux.
Your favourite heroines in real life.
What characters in history do you most dislike.
Your heroines in World history Mes héroïnes dans l'histoire. Cléopâtre.
Your favourite food and drink.
Your favourite names. Mes noms favoris. Je n'en ai qu'un à la fois.
What I hate the most Ce que je déteste par-dessus tout. Ce qu'il y a de mal en moi.
World history characters I hate the most Personnages historiques que je méprise le plus. Je ne suis pas assez instruit.
The military event I admire the most Le fait militaire que j'admire le plus. Mon volontariat !
The reform I admire the most La réforme que j'estime le plus.
The natural talent I'd like to be gifted with Le don de la nature que je voudrais avoir. La volonté, et des séductions.
How I wish to die Comment j'aimerais mourir. Meilleur - et aimé.
What is your present state of mind. État présent de mon esprit. L'ennui d'avoir pensé à moi pour répondre à toutes ces questions.
For what fault have you most toleration? Fautes qui m'inspirent le plus d'indulgence. Celles que je comprends.
Your favourite motto. Ma devise. J'aurais trop peur qu'elle ne me porte malheur.

20091217

T - Transit

Le bitumineux de l'ici comme du là-bas vs l'arrachage périodique qui me plait tant dans mon métier.

Ce qui doit être frustrant, au moment de sa mort : ne pas pouvoir ressaisir toute l'expérience, reconnaître certains extraits de la connaissance comme hors d'atteinte, la totalité finale ("qu'on ne peut juger de notre heur...") qui se refuse à la recollection.

Ou bien, se placer dans l'ici et le maintenant, et considérer que, l'instant de sa mort est à proprement parler le bout du voyage, là où mon existence m'a placé, comme un destin a posteriori.

La seconde situation, loin de le première - trop morale de dentiste, comme dit Lacan - me semble davantage digne d'être vécue, lorsque le moment sera venu. Mais sans doute, la première devant être donnée d'emblée, nécessite-t-elle davantage de préparation.

20091213

S - Où il ne sera pas question de solitude

Non, je ne suis pas seul, puisque tu es toujours avec moi.
Mais, quand même, ce grand point d'interrogation sur le tableau de ta vie.

20091205

R - Reste que je suis ici

Je ne sais plus à propos de quoi Derrida et cette phrase, mais elle me rappelle la dédicace d'Hélène, "Reste du côté des lettres, où l'on ne rencontre que corps..." qui est du temps où la parole était magique, les mots gros de sens et de possibilités de combinaisons.
Ici, aujourd'hui,
Pas de corps, de visage qui accrochent - pas de parole, douce ou amusée - les parfums, les couleurs ne recouvrent aucune profondeur, tout est donné d'emblée. Cela devrait me reassurer, ce désabus, cette déconstruction des apparences. Et pourtant je ne trouve que source d'angoisse
Restent de beaux livres et films - de l'amour en conserve ?

R encore : regrets, roman, rire ?
Quelques phrases ramenées de la bibliothèque :

"Et je pense, avant de sombrer dans le sommeil, confusément : il y a la réalité, et il y a les rêves, et puis il y a une seconde réalité (...) un maladroit besoin d'épaissir la vie" (Gide, SI le Grain ne meurt)

"Wilde commença de rire, d'un rire éclatant, non tant joyeux que triomphant, d'un rire interminable, immaîtrisable, insolent, et plus il me voyait déconcerté par ce rire, plus il riait"

"Depuis, chaque fois que j'ai cherché le plaisir, ce fut courir après le souvenir de cette nuit." (ibid)

20091129

R (suite) - Récit du pays des âmes laineuses

Il est six heures du matin. Hier journée de fête au Maroc : on égorge le mouton ramené de la campagne et l'on mange les brochettes en famille. Quelques barmen ont pris des arrêts maladie, comme c'est la coutume ici dès que l'on est malade du travail et qu'on veut passer davantage de temps à vivre dehors. Cela à beau m'énerver, puisque c'est à moi de travailler plus, je ne peux m'empêcher de penser qu'ils ont raison : mépriser le travail, l'entreprise, le patron, c'est quelque chose de merveilleux, le début de la liberté. Ce qui me gène, c'est qu'il s'agit là d'un acte naturel, et non pas politique. Quand même, j'aurais dû fermer le bar, et aller me promener.

Autre chose : ce mouton, que l'on a égorgé dans la cour derrière le bar, sans douceur (pas comme celui d'un des barmen simplet et donc si gentil, qui a parlé à son mouton, lui a donné à boire et demandé de renoncer à la vie - ce qu'il a fait en toute connaissance de cause et avec bonne volonté - et n'a pas regardé lorsque son père à tranché la gorge de l'animal ).Je tentai de me mettre à sa place : ne pas avoir peur de la mort, et attendre sans aucune émotion le couteau. Répandre ce sange rouge vif et laisser son corps se secouer de spasmes pendant que les exécuteurs se peignent le visage avec la vie qui s'en va. Si je méditais assez- c'est-à-dire si je savais m'asseoir, simplement m'asseoir - je n'aurais sans doute plus peur de la mort. Mais je ne suis pas encore assez zen : l'intérieur exposé de ce mouton m'a troublé.

Comme il n'y a pas de hasard, j'ai emprunté à l'institut français un film de Nicolas Philibert, Retour en Normandie - je savais, mais j'avais oublié avant de le revoir - qu'il s'agissait d'une étude sur les traces du film "Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, mon père et mon frère...".

Je dors bien, pourtant...

20091124

R - Rites, rituels enchâssés (zones squameuses du langage)

On parle beaucoup des rituels de beauté, dans les magasines féminin. Le rituel est à la mode, c'est une notion qui fait élégant, qui souligne l'habitude, tout en effaçant la contrainte. La puissance du rituel vient pourtant de la contrainte formelle.

Les rituels qui se laissent saisirs comme tels, où la contrainte ne cesse d'être formalisée pour se laisser voir comme telle : l'aikido, le zen

Les rituels refoulés, le désir inconscient de : le journalisme, la politique, l'école parfois - le lieu du pouvoir en somme.


C'est de là que l'âme perd des écailles qu'on peut suivre sur le sol et parfois laisser nous étouffer alors qu'elles s'amoncellent.

20091123

Réduit à quia (Marcher tout doucement vers une fontaine)

Est-ce cela la sublimation ? La répétition de la névrose qui fait que l'acte semble s'enkyster pour devenir talent : la répétition de la faille créé progressivement la voix - le chant, la danse, l'artisanat, la parole. C'est la pratique, encore, quand la répétition effece le doute.

Sur le silence : "Le secret, cette réserve qui, si elle parlait, la faisait différer de parler, lui donnant parole en cette différence.

"Vous-ai-je jamais promis de parler ?" - "Non, mais c'est vous même qui étiez, ne disant rien et refusant de rien dire et restant liée à ce qui ne se dit pas, promesse de parole."

Ils ne parlaient pas, ils étaient les répondants de toute parole encore à dire entre eux" (Blanchot, L'attente l'oubli)

Pardon pour toutes ces idées amassées comme au hasard... Je n'ai pas le temps de faire d'aussi joli paragraphes que je le voudrais.
Mais quand même l'espoir d'être des répondant de toute parole encore à dire entre nous

20091113

P - Psychanalyse ("Ne cède rien sur tes désirs"), Politique (One-dimensional man), Paris Métropole

A quatorze ans je commençai à lire "Introduction à la psychanalyse." Sans probablement en avoir tiré grand chose - et sans même l'avoir fini j'eu l'impression q'une porte s'ouvrait dans le réel, que les mots prenaient soudain de l'épaisseur. Qu'on puisse transformer le rêve en un message, que des trappes cédant sous la langue mènent à une vérité intime, cela me fascina. Ensuite - était-ce une période de latence ... ? - la présence : Cixous, Derrida, Lacan, Kristeva un peu moins : le "savoir plus" de la psychanalyse, sa longueur d'avance dont tout le monde se méfie : ce que vous dites est un peu plus que le vous-même apparent, et dans cet "un peu plus" se déroule une histoire, le vous en histoire.

Je note que chez moi Il n'y eu langage (langage conforme aux attentes, langage de briques) que lorsque les désirs furent ignorés, ou non assumés, ou brimés. Ensuite, le "dit du désir" transforma la parole en bribes, en fragments, en ennui. Il n'y a plus de désir de phrase - mais alors c'est un langage, poétique, dans le sens ou il s'hallucine du désir - que lorsqu'il y a de l'amour, ou , du moins, de l'érotique.

De même, la politique, la vraie, ne sort pas du langage (il faudra en reparler)

Politique personnelle : la morale. Comment devons-nous vivre ? En mouvement, toujours, ne rien accumuler mais maintenir une posture juste. Aussi douloureux, profitable à long terme au moral qu'au physique. La vie à l'étranger (traces de Paris), expatriés snobs et inquiets de l'institut français de Marrakech. Que va-t-on chercher dans la présence française à l'étranger. Le nom d'un café : comAparis (le A comme figuration de la tour Eiffel). Et moi-même, rassuré par la présence de ces livres, de cette programmation cinématographique si convenue. ET, quand même, sous la forme d'une muraille, d'une chaîne de montagne, un peu d'étrange....

La chronique, parler du temps, de la route du temps sur laquelle on chemine, de l'époque qui nous déchire de ses barbelés, c'est aussi de la politique.

20091109

O - Oubli ("à toutes les femmes que j'ai aimé un jour.")

Alors, le O, ce pourrait être le centre, puisque l'on sait que ce qui est oublié ne l'est jamais innocemment. Ce que j'oubliais sur la littérature, l'autre jour , "Quid illuminans et illuminatum prefulgens", dit Dante en défendant sa langue italienne, "ce qui donne lumière et qui, illuminé, resplendit".
Le centre donc, et la figuration d'une route autour du vide, la voie zen.
Le refus de l'oubli : le premier mot, qui en appellera d'autres - l'incipit, rompant la page blanche, fait du vide le lieu de naissance de l'histoire. Absence, présence, le O se retourne ainsi à la façon de l'anneau de Moëbius.

N - Numéro 6 ("... Pour trouver du Nouveau !")

N'ai-je pas déjà parlé du prisonnier comme image délirante du Club Med ? Encore aujourd'hui, l'ancien numéro deux, vient menacer le numéro quatre, qui s'en prend aux hommes libres...
Dure journée aujourd'hui, et de nouveau les belles idées qui m'apparaissent encore parfois au matin s'évanouissent quand vient le soir, et pour toi il ne reste plus qu'un souffle. Soit espérer que quelque chose finira par passer, ou bien changer de rythme...

20091102

M - Mensonge et messages (larvatus prodeo)

Quand commence le mensonge ? Peut-on se mentir à soi-même ?
Notre histoire a commencé dans le mensonge, et s'est terminée douloureusement dans la vérité. Horreur, n'est-ce pas ? Et pourtant, quels beaux moment passés ensemble...
Alors, cela me porte à croire que lorsque le langage se distend, se dissimule, le social se transforme. Et derrière l'écran du mensonge, une dépression, un vide s'installe : comme celui qui soutient le vol des avions. Ainsi, certains pensent qu'un avion s'appuie sur l'air pour voler, alors qu'il est aspiré par le vide qu'il crée en avançant. Le vide dans le social permet un déplacement inédit. Avec toi je me suis senti plus vivant que jamais, exister, finalement.

Toutes les implications de cette découverte... Le zen, la résistance, la philosophie morale...