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20251019

Quelques nouvelles ?

Cher William,
Je t'écris quelques mots pour prendre de tes nouvelles. Les couleurs de la vigne vierge de l'hôpital, qui vire au rouge, me font penser à l'été indien, et donc à toi par ricochet. Mais... peut-être n'es-tu plus à Montréal, mais en Floride, ou bien à Caracas, ou encore à Dubai... Qui sait ? Pas moi en tout cas... Pendant longtemps, j'ai pensé que ne pas recevoir de tes nouvelles signifiait que tu vivais ta vie sereinement et qu'il valait mieux que je me taise. Tes derniers courriers disaient le contraire, alors je suis réduit aux conjectures. Ce courrier tombera-t-il au bon moment ? Provoquera-t-il un sourire, une pensée amusée, un petit moment de chaud au cœur ? Ou bien de l'ennui, de l'indifférence, de la tristesse, de l'agacement ? Ah, il vaudrait sans doute ne rien faire, et plutôt écouter de la musique (ce que je fais, d'ailleurs avec l'art de la fugue par Gould, une fugue qui me ramène vers toi).
Mais j'ai quand même envie de savoir comment cela se passe pour toi dans l'existence ces temps-ci, si la respiration du yoga libère toujours ton souffle, si tu as trouvé du travail dans ta branche avec davantage de reconnaissance qu'en Angleterre, si tu as des amis à l'accent chantant et quelles sont les choses qui te mettent en joie, si ton corps te permet un rapport apaisé et joyeux au monde et au plaisir, savoir les musiques que tu écoutes, les philosophes qui t'éclairent etc. La liste est longue de ce que tu pourrais partager et qui me ferait rêver sur mon vélo à l'heure où la nuit tombe et la bruine parisienne s'abat sur le solitaire. (tu noteras que je suis toujours aussi nul en poésie).
 
 En retour je pourrais te raconter mon travail ("choisis un travail que  tu aimes et tu n'auras plus à travailler un seul jour de ta vie", disait Confucius, ou un capitaliste tyrannique), les consultations, le psychodrame, les enveloppements thérapeutiques, la relaxation analytique, l'institution, qui me prennent tout mon temps mais ont toujours à voir avec l'amour. Parler de la philharmonie, de mon désespoir de l'avoir quittée et de la joie de la retrouver plusieurs soirs par semaine. Parler de lectures aussi. De ma découverte du Togo. Et de la solitude, bonne ou mauvaise. De mon impression de tout survoler de très loin, comme un satellite artificiel, sans pouvoir me poser un instant et être là, simplement là (sauf, parfois, dans la musique). De ma peur de perdre ceux que j'aime, ou de les avoir toujours déjà perdu, et de ne pas savoir quoi faire de la beauté du monde. Voici la promesse de longues discussions pendant les soirées d'hiver, si tu voulais !
 
Bises

20250810

Chaconne de la partita n°2 pour violon (par Milstein)

Ça me ferait du bien de recevoir une lettre de toi aujourd'hui. Heureusement qu'il y a la musique !

20220529

Tombeau des tristesses

Tant de fois ces pages ont recueilli mes larmes. Je voudrais leur laisser en garde mes tristesses. Afin d'être un peu heureux (et pas seulement joyeux quand il y a de la musique)

20120211

La musique renferme en elle le secret de notre vie (Dix jours avec toi, 7/10)

Aujourd'hui dans le Monde, un article sur les lettres d'amour et ce
qu'elles apportent de consistance et de réalité, de rythme dans la
relation entre les êtres.
Il faudra que je te parle de Cédric (déjà esquissé dans une lettre
précédente).
J'y pense car en lisant mon petit Lacan du jour, j'écoute les concertos
pour flûte de Mozart, qui au Lycée Michelet accompagnaient souvent mes
soirées d'études, au point qu'il me semble aujourd'hui les voir
resurgir.
Si tu prends le temps d'entendre la musique tu verras en elles
exactement ce que j'étais et ressentais, dans l'année de mes dix huit
ans (tu avais six ans... tout était joué déjà...).
Est-ce que je te dis suffisamment que je t'aime ? Il me semble que j'en
parle trop dans ce que je t'envoie presque tous les mois. A tel point
que j'ai peur de te lasser. En écoutant cette musique je m'aperçois que
je ne chante pas assez mon amour pour toi, qui sculpte le monde et ma
vie à ton image.
Est-ce un signe des dieux ? Le premier éclair du Cyclone Giovanna qui
nous effleure provoque à cet instant une baisse de tension. L'âme de
Mozart ? Cupidon ?