20251027

"Course sans fin"

Une interprétation qui fit réagir une patiente, jusqu'à la presque rupture que je rattrapai in extremis. Il fallait arriver quelque part, dit-elle. Curieusement des années plus tard elle me fait savoir par SMS qu'elle était enfin arrivée, en France et dans son identité rêvée, au moment où j'étais, moi, à quelques mètres de la frontière de son pays à elle, le Bénin.
Aujourd'hui - mais depuis longtemps - je voudrais arriver quelque part alors que pourtant je ne cesse de courir, peut-etre à ta vaine-poursuite  à laquelle je n'ose encore mettre un terme pour prendre soin de mon moi d'avant si sûr de ce qu'il avait vécu et peut-être à vivre après la rencontre inédite de ton regard bleu et du saisissement d'un coup de foudre qui suivit. Course sans fin d'un livre à l'autre d'une vie à l'autre à la recherche d'une vie bien vivante dans un souterrain cachée. Comme je veux te quitter à présent et que cette idée de torture d'autrefois m'allège à présent

20251025

Pourquoi arriver sur ce rivage ?

Pourquoi et comment puis-je penser aujourd'hui - "Il faut que je te quitte", Alors que personne sur cette terre, et nous encore moins, n'imagine que nous pourrions être ensemble ? Sur quelle île ai-je échoué, pour ne pas savoir si j'y arrive ou si j'en pars ?
Quelque part dans le monde cette nuit est chaude et sereine, elle pourrait être pleine de l'évidence de ta réponse à venir - qui ne serait elle même rien d'autre, n'aurait besoin de ne rien contenir d'autre que la chaleur et la sérénité de toi quelque part. Ici il n'y a rien que du froid, et peut être, pire encore, l'absence d'objet brisé sur laquelle je pourrais pleurer

20251019

Quelques nouvelles ?

Cher William,
Je t'écris quelques mots pour prendre de tes nouvelles. Les couleurs de la vigne vierge de l'hôpital, qui vire au rouge, me font penser à l'été indien, et donc à toi par ricochet. Mais... peut-être n'es-tu plus à Montréal, mais en Floride, ou bien à Caracas, ou encore à Dubai... Qui sait ? Pas moi en tout cas... Pendant longtemps, j'ai pensé que ne pas recevoir de tes nouvelles signifiait que tu vivais ta vie sereinement et qu'il valait mieux que je me taise. Tes derniers courriers disaient le contraire, alors je suis réduit aux conjectures. Ce courrier tombera-t-il au bon moment ? Provoquera-t-il un sourire, une pensée amusée, un petit moment de chaud au cœur ? Ou bien de l'ennui, de l'indifférence, de la tristesse, de l'agacement ? Ah, il vaudrait sans doute ne rien faire, et plutôt écouter de la musique (ce que je fais, d'ailleurs avec l'art de la fugue par Gould, une fugue qui me ramène vers toi).
Mais j'ai quand même envie de savoir comment cela se passe pour toi dans l'existence ces temps-ci, si la respiration du yoga libère toujours ton souffle, si tu as trouvé du travail dans ta branche avec davantage de reconnaissance qu'en Angleterre, si tu as des amis à l'accent chantant et quelles sont les choses qui te mettent en joie, si ton corps te permet un rapport apaisé et joyeux au monde et au plaisir, savoir les musiques que tu écoutes, les philosophes qui t'éclairent etc. La liste est longue de ce que tu pourrais partager et qui me ferait rêver sur mon vélo à l'heure où la nuit tombe et la bruine parisienne s'abat sur le solitaire. (tu noteras que je suis toujours aussi nul en poésie).
 
 En retour je pourrais te raconter mon travail ("choisis un travail que  tu aimes et tu n'auras plus à travailler un seul jour de ta vie", disait Confucius, ou un capitaliste tyrannique), les consultations, le psychodrame, les enveloppements thérapeutiques, la relaxation analytique, l'institution, qui me prennent tout mon temps mais ont toujours à voir avec l'amour. Parler de la philharmonie, de mon désespoir de l'avoir quittée et de la joie de la retrouver plusieurs soirs par semaine. Parler de lectures aussi. De ma découverte du Togo. Et de la solitude, bonne ou mauvaise. De mon impression de tout survoler de très loin, comme un satellite artificiel, sans pouvoir me poser un instant et être là, simplement là (sauf, parfois, dans la musique). De ma peur de perdre ceux que j'aime, ou de les avoir toujours déjà perdu, et de ne pas savoir quoi faire de la beauté du monde. Voici la promesse de longues discussions pendant les soirées d'hiver, si tu voulais !
 
Bises

20250810

Chaconne de la partita n°2 pour violon (par Milstein)

Ça me ferait du bien de recevoir une lettre de toi aujourd'hui. Heureusement qu'il y a la musique !

20240823

Transit

Cher William,
J'espère que ce message te trouvera en forme.
Je profite que transit soit l'anagramme de mon prénom, et d'être à bord de l'avion qui me ramène à Paris pour t'écrire longuement. Cinq milles milles à parcourir avant de rejoindre la ville que je déteste tant, cela promet de nombreuses lignes ! J'essayerai d'aérer ta lecture par quelques cartes postales à mesure que je traverserai le monde. Je n'ai pas le compte exact, mais il est bien probable qu'aujourd'hui je passe l'équateur  pour la centième fois de ma vie. Il y avait une tradition chez les marins autrefois. A la première traversée de l'équateur il fallait se déshabiller et danser sur le pont. C'est lors d'une telle occasion qu'a été reconnue la fiancée secrète de Mr Commerson sur le trajet vers la Réunion, qui s'était déguisée en homme pour avoir le droit de faire le voyage... Je te dédie le passage de ligne d'aujourd'hui !
Je viens de laisser l'île derrière moi... (Et mes parents, et ma jeunesse et sans doute une partie de mon avenir - j'espère les retrouver bientôt). Le cap Lahoussaye est la dernière pointe que l'on aperçoit. C'est là qu'à eu lieu le premier débarquement d'humain sur l'île, au xviiie siècle, et la aussi que j'ai plongé hier, au milieu du chant des baleines et accompagné d'une tortue.
Comment vas-tu, toi? Est-ce que tu es resté à Montréal tout l'été ? J'aimerais bien que tu me racontes ta vie là-bas, ce que tu aimes faire, les lieux qui te plaisent et où tu te promènes. Je ne connais pas cette ville, j'y suis juste passé en transit - encore... - entre Québec et Paris. Mais beaucoup des barmans qui travaillaient avec moi aux Bahamas en 2008 venaient de Montréal. Je les trouvais beaucoup plus américains que français, malgré la langue (et encore, la langue n'est pas vraiment la même. Je me souviens d'une barmaid que j'avais affectueusement appelé "tête de linotte"car elle oubliait plein de choses. Elle s'est sentie mortellement offensée, car c'était pour elle une vraie insulte....).
Il doit y avoir plein de choses à faire et à visiter là bas. Et passer des weekends a New York...Est-ce que tu t'es fait des amis ? Penses-tu t'y installer définitivement ? Pardon si je t'embête avec mes questions, tu peux sauter des lignes... Pendant mes vacances je n'ai pas réussi à revoir mes amis d'enfance. Beaucoup sont partis. Même à Paris je me rends compte que je n'ai plus tant d'amis que ça. La plupart des plus proches sont partis habiter ailleurs, et je deviens de plus en plus sauvage. Je suis très souvent entouré, mais je me rends compte que je ne livre pas grand chose de moi à mes amis. La solitude me va bien, en fait, même si l'autre jour, en ayant au téléphone un ancien amant qui s'inquiétait pour la santé psychique de sa soeur, je me suis dit que je pourrais peut-être... Enfin bon... Pour tout te dire je n'ai jamais réussi à rester plus de trois semaines avec quelqu'un. Je finis toujours par me demander ce que je fais là et je fuis. Les années de psychanalyse n'y ont rien changé (mais ont apporté d'autre chose heureusement !).
Ma voisine de siège regarde le film "Le règne animal". Est-ce tu l'as vu? C'est vraiment un film réussi. Il y a sans doute de bons cinés à Montréal ou on peut trouver autre chose que des blockbusters ou des comédies bien épaisses (pardon si tu aimes ça). Est-ce que tu connais "Le coeur a ses raisons"? C'est très drôle ...
Bon, je te laisse un peu et vais lire un moment le canard enchainé, en attendant les côtes de l'Afrique. Dans le numéro de cette semaine il y a un article sur la péniche hôpital où je travaille en partie. C'est drôle de voir des collègues et patients en bande dessinée... Si tu veux en voir plus sur les lieux où je travaille, tu peux regarder les bandes annonces de "Sur l'Adamant" et "Averroès et Rosa Parks".
Dans le journal je me mets à rêver sur un article parlant de "l'encyclopédie des nuisances", un essai de classification des processus destructeurs enclenchés par les humains  (600 pages, mais ça n'a pas continué après la lettre A!) publié dans les années 70 par la bande de Guy Debord et les situationnistesl et qui ressort aujourd'hui. Pour tout dire, je ne suis pas vraiment un grand fan de l'humanité. Comme tu as travaillé sur le cancer, tu me contrediras certainement en me prouvant que ça n'a rien à voir, et qu'en plus ça a déjà été dit dans le film Matrix (je vois aussi des blockbusters !), mais je trouve que l'humanité à tout du cancer, ensemble de cellules folles qui refusent de mourir et qui empoisonnent l'organisme Terre (je pique aussi l'idée de Lovelock et de l'hypothèse gaia). Tu dois trouver que je déconne, non? Pourtant mon séjour à la réunion m'a bien remis en face des capacités de destruction de la nature, existe d'avidité et de déni des humains (il y a quand même des choses belles, hein, mais tout est quand même foutu).
Il faisait mauvais, et je n'ai pas pu voir les côtes de la Somalie... C'est pourtant magnifique, une ligne toute droite blanche, bleu et rouge qui s'étend sur des kilomètres... La sécheresse et la guerre font rage en Somalie, et nous survolons tout ça a dans notre avion occidental avec notre dîner et nos produits hors taxe (bon, je mets tout ça en facteur sinon je vais me répéter au dessus de l'Éthiopie, du Soudan, de la Libye et de la Méditerranée). On va bientôt quitter l'hémisphère Sud, au ciel si beau (tu te souviens des étoiles en Australie ?). A cause de la guerre on ne survole plus Addis Abbeba, cette ville montagneuse qui me fait tant rêver. J'espère que je verrai le Nil tout a l'heure, ce ruban vert de vie dans le désert (la nuit c'est magnifique aussi, une ligne de lumière qui serpente dans le noir). Dans l'avion les passagers ferment les hublots pour pouvoir regarder dans le noir des séries débiles et des jeux vidéo, sans aucune curiosité pour les paysages merveilleux du monde en dessous, les forêts sauvages et les mille couleurs des déserts, les destins si différents des terriens survolés. Quelle tristesse !
J'aimerais bien que tu sois assis à côté de moi pour qu'on parle philosophie et que tu me décrives l'existence telle que tu la voies. A mesure que j'écris je me rends compte qu'il est difficile d'aborder tout ce dont je voudrais parler avec toi. Il y a si longtemps depuis notre déjeuner chez Gladines, boulevard Saint Germain... Partagerons-nous un jour de longues discussions passionnées sur la vie et le monde ? J'aimerais bien que tu fasses des séances de yoga sur youtube, pour commencer, ce serait une façon de te voir un peu! La semaine dernière je suis parti seul en montagne, et j'avais l'intention de t'enregistrer une petite vidéo au sommet, pour te montrer le paysage et te faire entendre le son de ma voix. Mais il n'a pas fait beau, et j'ai renoncé (mais je te montrerai une photo de la forêt).
Je vais me replonger un peu dans Entrefer, le roman de science-fiction que je suis en train de lire,.avant d'essayer de te dire quelque mots de la philharmonie et de l'hôpital (et probablement de conclure, car je n'arrive pas a trouver intéressant ce que j'écris et que j'ai pitié de ton calvaire de lecteur, même de bonne volonté).

Il n'a pas fait très beau sur l'Afrique... On arrive sur Djibouti, quelques îles dans la mer rouge, puis retour sur le continent. On passe au-dessus du Nil a un endroit où il n'est pas très large, mais les cultures autour éclairent de vert le désert jaune (je ne suis que modérément doué en poésie).

Je suis un peu triste dans l'avion. En attendant de me rebrancher sur la vie parisienne je flotte entre souvenirs de vacances (les plus longues depuis quatre ans, mais pas les plus reposantes avec la présence de ma mère) et ceux des différentes époques de ma vie. Les mois différents se sont superposés dans ma chambre d'enfant, traces d'adolescence, d'études, de club Med, etc. J'ai pas mal rangé, cette fois-ci ci, sans rien jeter mais en tentant de construire une sorte de moi unifié. Pas sûr d'avoir réussi... J'ai remis la main sur un dessin de toi : un couple s'embrasse, le garçon et la fille sont tous colorés par des bandes jaunes, bleues, rouge. C'est très beau, mais aussi chargé d'ambiguïté, car il y a des tâches sans couleur sur le bras de la fille et l'épaule du garçon, on ne sait si le contact amoureux vient donner de la vie ou si les caresses, une fois passees, laissent une surface morte et vide de solitude. J'aime beaucoup ce dessin.

A l'heure où j'écris ces lignes le soleil se couche à la Réunion. Dans 15 minutes le crépuscule orange puis violet des Tropiques illuminera le ciel. Ici, c'est le désert, le soleil tape dur. Et pourtant il fait froid à 36000 pieds... (J'écris vraiment n'importe quoi, j'espère que tu n'es pas agacé par cette prose inepte).

Je continue dans mon roman au dessus de la Méditerranée. Je ne parlerai pas des morts noyés en tentant de traverser pour fuir ce que nos pays ont créé chez eux et que nous rejetons. Je suis bien installé dans mon avion, survolant le monde conquis par mes ancêtres.

Après cette parenthèse grinçante, j'aurais voulu parler de la philharmonie, qui m'a permis de faire de la musique le seul pays où je me sente chez moi (je résume et simplifie). Pourtant j'ai démissionné fin juillet de mon poste de responsable des bars à temps partiel. Perte financière et symbolique, mais les nouveaux concessionnaires des bars avaient fait perdre tout son sens à mon travail. Et puis j'ai besoin d'un peu de temps pour moi... Lire, cuisiner, partir en weekend, c'est pas mal aussi. J'ai de toute façon des billets pour de beaux concerts, et je pense pouvoir assister à quelques répétitions grâce aux copains de l'orchestre.

Il reste deux heures de vol et ce n'est pas facile d'écrire sur un téléphone. Peut-être que je vais tricher et terminer cette lettre pendant le weekend... Travailler à l'hôpital me permet à la fois de faire le lien entre mes études de Lettres et mon goût pour tout ce qui concerne le langage et de mettre en oeuvre des façons de vivre ensemble (comme ce que je tentais dans les bars et au club Med). C'est plutôt un bon choix, même si ce n'est pas facile tous les jours et que c'est très mal payé. Je fais aussi beaucoup de psychodrame, qui est une technique thérapeutique avec plusieurs thérapeutes qui incarnent dans des jeux ce que le patient souhaite (des personnes, des sentiments, des objets...). Après avoir été simple acteur je suis depuis deux ans "meneur de jeux", et dirige des thérapies. Après ces longues vacances cependant, je me demande si je me rappelle comment faire...

J'aime ces moments suspendus dans les avions. A l'abri du monde, des téléphones, d'internet (plus pour longtemps...). On rêve sur le passé, ce qui viendra. Un peu déconnecté. Ça secoue sur la mer, peut-être les âmes tourmentées des disparus. Bientôt l'Europe. Souvent on survole la vallée de Chamonix, et on aperçoit Villars, sur la gauche. Et aujourd'hui encore, on passe juste au dessus ! J'ai souvent pensé à toi, évidemment, dans ces moments-là. Pardon pour cette longue lettre décousue. Presque toujours j'ai essayé de t'écrire des lettres où je voulais me montrer rassurant, sûr de moi, afin que tu n'aies pas peur de moi. Ça n'a pas vraiment marché ! Aujourd'hui, grâce à tes dernières lettres, j'ai juste envie de me montrer sans fard, ou presque. Je n'ai plus peur de te perdre. J'espère juste que tu auras envie de me donner de tes nouvelles,  que ça se passe bien pour toi en ce moment et que la vie te traite avec douceur. Je vais finir mon roman de science-fiction, attendre la descente et je t'enverrai ce message avant que ma valise n'arrive. Merci de m'avoir accompagné pour ce voyage, à bientôt !

20240803

Je ne sais pas...

Je ne sais pas te parler - C'est un peu comme si j'avais oublié d'ailleurs j'ai jamais vraiment eu l'occasion de te parler et aujourd'hui j'aimerais te poser des questions tellement simples : qu'est-ce que tu aimes manger ? Comment tu te sens aujourd'hui? Qu'est-ce que tu as envie de faire ce soir ? Ce sont des questions toutes simples et en même temps j'ai peur de te les poser comme si je risquais encore de briser quelque chose, de te perdre, de t'envahir enfin je ne sais pas ... et j'ai aussi envie de discuter philosophie avec toi, que tu m'expliques ton regard sur le monde, l'être, l'existence, ton existence. Déjà, c'est la première fois en plusieurs années que tu réponds à mes vœux d'anniversaire... Ça me rend tout chose. Mais... Je ne sais pas...

20240623

C'est pas moi - un fil(m) de Léos Carax

Je pense aux films, aux lieux, aux rencontres qui m'ont marqué. A mesure que je vieillis un monceau de bric à brac et de flux continu s'amoncellent sur les choses importantes.
Je voudrais écrire, inventer une vie du tissu duquel tu serais un fil. Un point fixe. Un regard

Philharmonie

Aujourd'hui j'ai commencé à dire au revoir à des endroits que je ne toucherai plus.
Le temps passe

20240610

Promenade

‌Il est bien tard, ce soir, sur l'Europe, qui continue petit à petit à se durcir, à se rigidifier, à se putréfier... J'aurais bien aimé vivre dans un temps plus joyeux, dans un cycle de découverte de l'autre et d'ouverture... Mais on ne décide pas de sa position dans l'univers !
Ce serait d'ailleurs une erreur de l'univers, tu dis, que je me sois intéressé à toi, et pendant si lontemps ... Peut-etre ! Mais il persiste. Figure toi que la même semaine où tu m'écrivais de nouveau après un si long silence, je recevais un message d'une connaissance dans la cave de laquelle j'avais laissé une valise depuis de si nombreuses années que je la croyais à jamais perdue ou jetée. Vendant bientôt son appartement, elle me demandait de venir récupérer la valise si j'y tenais encore. De mémoire elle devait être là depuis 2007, quand je l'avais laissée au retour d'une saison à Val Thorens. Je m'attendais donc à y retrouver ma tenue d'aikido, quelques vêtements d'hiver et peu de choses importantes. Mais voilà que la ramenant chez moi, difficilement (c'est une vieille valise d'un modèle disparu), je l'ouvre et m'aperçois qu'elle a été mise là en 2008, à mon retour de Villars. Une capsule temporelle d'il y a seize ans... Il y avait à l'intérieur ce que j'avais prévu, mais également une compilation de Joe Dassin (intitulée "l'éternel"!), et les mails que je t'avais envoyés pendant ton stage aux Glénans et que j'avais imprimés avant que la boîte mail des bars ne soit réinitialisée. Je ne crois pas aux desseins cachés de l'univers, mais j'apprécie les coïncidences qui réjouissent mon âme de poète. Toi et ces lettres oubliées qui réapparaissent la même semaine !
Je ne sais pas si j'ai su t'apprécier à ta juste valeur - je ne te connais pas très bien et ne t'ai aperçu que si peu de temps (nos rencontres, mises bout à bout : quinze jours au club Med, une fin d'après midi et une nuit à Montigny le Bretonneux, quelques verres et repas dans le 5ème arrondissement de Paris), et sinon de loin, dans une course d'étoile filante : Paris, l'Australie, Chicago, Londres (et la suite dont je ne me doutais pas!). D'un point de vue strictement scientifique mon attachement à toi est dû plus probablement à architecture singulière de mon désir et aux dispositions particulières de l'univers. Pourtant je ne peux m'empêcher de rêver à une promenade avec toi, où tu me dirais tes rêves, tes aventures, tes blessures, la simplicité du quotidien, et où l'on partagerait notre présence et la joie d'être au monde. Depuis que l'on s'est rencontré je n'ai jamais perdu l'espoir de cette promenade, et je te suis bien reconnaissant de m'offrir de nouveau, avec tes lettres, la réalité de ta présence - qu'importe si nous sommes loins et qu'importe le risque que ces échanges soient de nouveau trop brefs, que tu t'éloignes de nouveau. Ce temps aura existé !

Bon, je m'enflamme, c'est l'heure tardive, les élections, le manque d'habitude que j'ai de t'écrire...
Ce que tu me dis de ta santé, de ta carrière, de ta difficulté à être heureux me touche et m'inquiète. Tu as vraiment dû traverser des moments difficiles, et c'est dur à la fois d'entendre ça et de me dire après coup que je n'ai rien fait  qui puisse t'aider. Dans ce que tu me rapportes il me semble pourtant reconnaître, et ça me rassure, cette force et cette volonté qui te caractérisent si bien. Avoir delaissé un travail que tu avais choisi et pour lequel tu étais doué dénote un grand courage, je n'imagine pas ce que tu as dû supporter avant d'en arriver là. La souffrance de ne pas se sentir libre ou épanoui dans une activité qu'on aime et qui donne du sens à la vie est un bon carburant pour devenir fou de tristesse.  Je te retrouve aussi lorsque tu te décris comme un arbre au tronc de roseau et au feuillage de plomb. Cette image, terrible pourtant, me fait penser aux dessins que tu faisais. Est-ce que tu dessines toujours ? Je ne sais pas comment ton corps-vaisseau te mène et quelles sont les embûches que tu rencontre au quotidien, mais  pratique du yoga est une vrai surprise pour moi, je ne t'aurais pas imaginé en faire (tu vois que je te connais bien mal!), mais c'est une incroyable richesse (pas seulement parce que tu peux en faire un métier...) : avoir une telle pratique et pouvoir la transmettre, c'est vraiment une chance... Quant au sentiment d'être maudit... Tu m'en diras plus, si tu veux. J'espère que ton existence à Montréal s'organise bien, que tu rencontre des personnes chaleureuses, que le printemps rend ton existence légère...

J'ai mille questions à te poser, en fait...

Je me prépare à partir trois jours en Lozère avec des collègues pour une rencontre autour de la psychiatrie dont le thème est "obéir n'est pas soigner", il faut qu'on termine d'écrire notre intervention d'ici là. J'ai hâte de te raconter. Prends soin de toi !
 

20230808

Nouveau souffle après grosse vague

Je te souhaite toujours ton anniversaire, je te prie de m'en excuser. Comme tu me l'as dit dans ta dernière lettre (elle date déjà d'il y a longtemps...) Peut-être que la personne que je recherche a disparu.
Je ne sais s'il y a une logique - mais même la folie suit sa propre logique - au fait que je te maintienne a cette place qui, tu ne cesse de me le clamer, n'a aucun rapport avec qui tu es en réalité. Tu es l'autre en moi-même, voilà tout, avec qui je veux partager le plus possible et, après tout, tu n'est pas obligé de me lire.

J'aimerais bien ressentir de nouveau ce qui me traversait de bon lorsque je pensais à toi. Mais ça commence à être bien loin. Pourtant, ce que tu représente pour moi est toujours là. Peut-être qu'un jour, quelqu'un d'autre prendra cette place ? Ou peut-être encore, une nuit, tu retrouveras l'envie de partager des choses avec moi!


20220529

Tombeau des tristesses

Tant de fois ces pages ont recueilli mes larmes. Je voudrais leur laisser en garde mes tristesses. Afin d'être un peu heureux (et pas seulement joyeux quand il y a de la musique)

20200727

La plus belle journée de Paris

‌Il y a bien longtemps que je n'avais pas été à Paris à la fin du mois de Juillet. C'est sans doute pourtant le meilleur moment pour y être : aujourd'hui le ciel était bleu tropique.
Mon numéro adeli, Documenteur et kung-fu master de Varda, le soleil, les arbres et al lumière. Ce moment de ton anniversaire approchant et la joie d'y penser (après la journée en Suisse de la semaine dernière. Ce serait bien que je développe davantage demain.

20200706

Du bruit du vent, du coucher de Lune sur le Nil, à l'hôpital psychiatrique

‌Il y a trois jours, j'écoutais le bruit du vent dans les arbres du jardin où je suis né. Dans l'avion qui m'en arrachait - à ma demande - je voyais filer sous moi les lumières de l'île s'éloignant à toute vitesse, un peu plus loin  les côtes de la Somalie, si droites, si alliées à la mer et à ses vagues. La lune éclairait brièvement les lacs, qui semblaient alors foudroyés. Plus loin encore, si rapidement, cette image, ce coucher d'une Lune orange et grosse, au dessus des méandre du Nil bordé des lumières (ou l'Atbarah ?) d''Al-Damar. PUis le Mont-Rose, le Mont-Blanc, Chamonix, verticale Villars. Aujourd'hui entretien à Saint-Maurice, je ne suis pas très bon, mais ça passe, je suis pris. D'un coup je deviens psychologue. Des changements s'annoncent. Je me promène à la Philharmonie moins pour préparer le prochain concert (le seul de juillet) que pour en respirer l'air.
Je souhaiterais garder à l'esprit cette atmosphère mélangée, mon état d'esprit étrange. Ai-je réussi à noyer la solitude ?
Il faudrait que j'écrive tous les jours, que je respire...

20200612

Objectif - direction - aveu

Cher William,

´Où vont-ils?

Berger? berger? où vont-ils?

Il ne m'entend plus. Ils sont déjà trop loin…

Ils ne font plus de bruit…

Ce n'est pas le chemin de l'étable…

Où vont-ils dormir cette nuit?

Oh! oh! il fait trop noir…

Je vais dire quelque chose à quelqu'un…´

20200610

Retour à la source



Cher William,

J'ai beaucoup écrit à d'autres que toi, sur ce blog qui t'était pourtant destiné. Je ne peux pas effacer ces autres, mais je souhaite à présent - tu me questionneras peut-être à juste titre sur la valeur de ce présent, pour ce qui est pour toi si révolu qu'il n'en reste peut être rien, et qui pour moi n'est que passé, c'est-à-dire suffisamment proche de l'avenir pour mériter qu'on s'y attarde afin de le vivre - te le consacrer de nouveau, à toi seul, à moi seul, à nous deux d'alors, seuls chacun de leur côté.

J'espère que tu liras ces lignes un jour, et que tu ne les jugeras pas trop sévèrement.


20200530

...

Il n'y a pas de guerre et pourtant c'est la guerre. Les mots des autres me parlent - je suis parlé - et le silence devient impossible. Je voudrais trouver ma place, que tu ne sois pas trop loin. Alors je me cache et lis des amis. Leur parole est douce, mais je n'entends pas leur voix.

20200520

Un jour

Un jour glissé dans un enchaînement fatal. Trace symbolique d'un combat souterrain quand à la surface partout on - puis-je encore dire je? - semble sonner la défaite. Un moment où dans le mot recommencement résonne tout à coup autre chose que la répétition. 23h37, le vent se lève, je rêve que son chant dans les branches est ta voix, doucement proche de mon oreille, comme un soutien à l'espoir, mot trouvé-créé.

20200505

Baisers du soir (tu existes)

Te parler d'Heraclite et de Blanchot, de Derrida et de Levinas. Imaginer que tu es là, lisant sur le lit une pièce de théâtre dont tu me lirais une scène. Je rêve aussi de la fleur que j'aurais cueillie pour toi, comme je le faisais parfois pour G. là-bas, sur l'île. La répétition simple des jours et l'espoir de nos rêves, la douce présence de ton corps qui ne serait qu'une perpétuelle découverte, un infini voyage. J'imagine en te disant cela un couple qui répéterait inlassablement, jour après jour, la journée idéale, comme pour une pièce de théâtre - ce texte finirait mal, sans doute! En attendant t'écrire et penser à toi, rêver de toi, m'apaise. Tu me raconterais ta journée doucement, à l'oreille?

20200426

Help ? (Mécanique des cyclones)

J'ai besoin de t'ecrire plus souvent si je ne veux pas mourir. Poleward outflow..

20200424

« Je pense à toi tous les jours »

Cette phrase m'accompagne depuis ton dernier message. Comme je l'ai lue presqu'en même temps que l'article de Derrida sur ´l'invention de la vérité ´, je ne sais ni comment la recevoir, ni comment l'entendre... M'aurais-tu dis que tu pensais à moi tous les jours ? Mais voulais tu dire ´penser' ou bel et bien ´penser'?. Je n'ose y penser, enfin à toi, si, bien sûr. Je m'inquiète et je m'en veux d'espérer trop de ta pensée de ou à moi. Je laisse juste flotter cette déclaration ( mais est-ce une simple déclaration, ou une déclaration ?), dans mon ciel. 

20200412

S.O.S

Je ne t'ai pas écrit depuis plus d'un mois... Je ne vais pas bien du tout. On se fait un bon petit déjeuner demain, juste nous deux ?

20200301

Je me faisais une telle joie...

De passer un peu de temps avec vous que je n'arrive pas à être inquiet - pas de raison de l'être d'ailleurs. Je suis triste et je vous en veux de me faire faux bond, et d'effacer par ce même défaut la présence aimante et continue des autres

20200225

Se rappeler de vivre

Apres l'avalanche de soucis du soir, envisageant d'avance ceux du lendemain, déplorant une nouvelle fois l'absence d'épaule consolatrice, je lève des yeux surpris sur le brin de mimosa survivant déposé le matin sur la petite étagère de ma salle de bains. Ressuscité plus que survivant, entraînant dans son parfum les souvenirs renaissants des jours de paix des vacances.

20200221

Carte Postale





Je voulais attendre la fin de ma semaine de vacances pour t'écrire, et te raconter de beaux moments de joie que j'aurais aimé partager avec toi. Je te ferai une lettre plus longue dans le train du retour. Mais je voulais tout de même t'adresser quelques mots, car je sens bien que si je ne te parle pas pendant quelques jours les angoisses reviennent... « Ô saisons, Ô châteaux, quelle âme est sans défauts ? » Je pense à toi. Que deviens-tu, dans ton île maintenant détachées ?

20200216

Serment du Pata Negra (Réhab)

Si je suis venu ici, c'est autant, je m'en rends-compte, pour fuir la mort - mon mode de vie- que pour la retrouver - les archives de T, mêmes initiales, causes sinon semblables, du moins effets parallèles voire sécants à breve  échéance. ´Dialectique où les fantasmes s'intègrent à mesure de leur dévoilement, en dernière analyse l'introspection stable du bon objet (non moins imaginaire que le mauvais) permet une fusion des instincts dans un équilibre fondé sur la prévalence de la libido sur l'instinct de mort ´ Laplanche, FdO, OdF

Voilà le serment 

20200215

Retours de la saint Valentin


Hier, trois sourires, trois raisons d'être heureux. Le matin, de mon remplaçant au psychodrame qui, finalement n'est pas à ma place, mais à mes côtés. Je respire son parfum et écoute son souffle. Il a une telle présence - le corps, le visage, mais aussi et surtout, la voix - que j'en suis un peu jaloux: si je devais choisir un psychologue entre lui et moi, c'est vers lui que je me tournerais sans hésiter. Pourtant c'est moi que C choisit ce matin. Je suis un peu jaloux aussi de la propriétaire des longs cheveux qui restent accrochés à son manteau. Mais ce matin, au retour d'une scène il me sourit et fait un clin d'œil. Cela me suffit pour être apaisé et habiter ce moment. Assis, simplement assis.
Plus tard, c'est un verre avec E. Quel plaisir, je ne l'avais pas vu depuis des mois, pris qu'il est par la médecine, il tient le coup et garde miraculeusement sa douceur et beauté. Il est parfait, il est comme une fille, mais c'est un garçon. 
Si je l'avais rencontré il y a 20 ans j'aurais été terriblement amoureux, je pense, et je n'aurais pas davantage su y faire qu'avec les autres. Aujourd'hui, pouvoir profiter de sa présence sans en souffrir est une victoire et plus même : une joie !
Enfin, mais j'espère que ce n'est qu'un début... Le plaisir évident d'A quand je lui propose d'aller à ma place voir Léo. Je craignais de ne plus pouvoir le toucher, lui qui désamorce tout en moi fors le désir de lui plaire. Belle journée! Je me demande ce que tu en penserais... et ce que tu me dirais de la tienne.


20200213

Fin de cycle noir

Depuis quelques heures - cela était en route avant mais ce n'est qu'aujourd'hui que les premiers effets apparaissent concrètement. Je lis, je m'alimente, je découvre de nouveaux compositeurs (Kapp, Lüdig estoniens tous deux). Je pars après-demain quelques jours à la Napoule avec Proust, Winnicot et Dogen. J'espère pouvoir t'en dire bientôt quelques mots... je voudrais te demander aussi de tes nouvelles, que ça ait un jour du sens pour toi que je t'en demande. A bientôt

20200210

Tempête

Depuis hier soir le vent souffle sur la ville. Dans la salle Elisabeth Leonskaja joue la sonate du même nom. Tempête d'une extrême délicatesse. Comment est-ce possible ?

20200208

Le retour du mort-vivant


Cher William,
combien d'années, depuis la dernière lettre? A part celles timidement adressées pour les anniversaires...
une fois, je m'en souviens, tu m'avais demandé si tous ces billets s'adressaient vraiment à toi. Aujourd'hui encore plus qu'hier peut-être, je suis bien incapable de répondre à cette question. comment et pourquoi écrire à quelqu'un d'aussi éloigné et inconnu, et qui, probablement, ne lira jamais ces lettres ? Parce que cet être, si lointain dans le temps et l'espace, est le dernier témoin d'une étincelle de vie depuis longtemps éteinte , et que, s'il ne m'aide pas par sa présence moins encore que virtuelle, fantasmée, c'est moi-même qui bientôt m'éteindrais.