20071030

Kokyu Nage

Au milieu de l'aspiration, le silence; au milieu de la chute, l'envol; au milieu
du geste, l'amour.
Ailleurs...

20071029

Le jardinage ou l'art de la solitude

Parfois on ratisse un jardin japonais,
Ou bien on se dit qu'on ne reçoit pas assez de souffrance par rapport à sa
culpabilité, qu'on n'est pas assez puni.
Mais jusqu'où plongent les racines du mal ? ("Tête à tête sombre et limpide...")

20071027

Les fantômes du pont en pierre

J'ignore si minuit est l'heure du crime, mais ce n'est certainement pas celle de
l'écriture. Time for dreams...

20071026

Play it again Sam

J'ai revu Casablanca aujourd'hui. Il y a quelque chose d'essentiel au cinéma,
c'est l'émotion lisible sur le visage d'une femme, ces gros plans sur des
visages féminins embués de larmes qui expriment un je-ne-sais-quoi. Peut-être
même que ces plans n'ont rien à voir avec le scénario, que le scénario n'est
qu'un grossier pretexte à l'apparition de la passion pure. Casablanca,
Fassbinder, et les propos de Deleuze sur le gros plan "L'image-affection, c'est
le gros plan, et le gros plan, c'est le visage."

20071025

"On ne peut pas être heureux tout le temps" (F. Giroud)

Serait-ce un personnage qui parle ?

Je ne sais pourquoi la Modification exerce un tel attrait sur moi. Le fait que l'épisode qui nous aura brièvement réuni a eu pour cadre un train, et qu'il croise par là même les rails d'une lecture faite bien avant notre rencontre, voilà ce qui provoque en moi des résonnances sans fin. Sans doute n'y a-t-il pas d'autre lien que cette imagerie du train, puisque l'intrigue n'a pas grand chose à voir avec nous. Ce qui résonne c'est : le voyage, l'intimité du compartiment et des pensées, les douleurs du sentiment amoureux qui se transforme, l'irruption de la culture dans le réel. Aucune résonnance pourtant, si magique soit-elle, ne me fera oublier ce qui t'appartient en propre, et que j'aime tant.
J'ai si honte de parler de moi, et surtout d'utiliser la parole magique de l'écriture pour le faire... Comment signer ce texte, comment ne pas le signer ? Et cette impression de te perdre à chaque mot... Je dois oublier tout cela pour te parler vraiment, écrire une sorte de roman qui grace à l'essence rhétorique de la littérature te parlera de moi par des moyens indirects et plus justes.
Tout ici sera secret, et toi surtout. Mais tout ce qui est important, l'Autre, s'y laissera lire.

20071024

Le maître et nous

"...Un nous où ceux qui disent nous savent que ce sont les singularités qui
entraînent un rapport interrompu. Et bien non seulement ça ne nous empêchera pas
de dire nous et de nous parler et de nous entendre, mais la condition pour que
nous parlions et que nous nous entendions c'est que cette interruption du
rapport demeure. Imaginez la proximité la plus grande possible entre deux êtres,
l'amour, l'expérience érotique, l'extase extrême : la distance n'est pas abolie,
la distance infinie demeure. Le nous c'est comme quand on jette les dés ou comme
on jette sa ligne, quand le pêcheur jette sa ligne, peut-être qu'il y a un nous
de l'autre côté, on dit nous, c'est une promesse, c'est une demande, c'est un
espoir, ça peut-être aussi une crainte : je dis nous, j'espère que c'est pas
nous, qu'on n'est pas enfermé dans ce nous. Dire nous c'est un geste fou, d'une
certaine manière, fou d'espoir, de crainte, de promesse, mais ça n'est
certainement pas une tranquille assurance quant à ce qui est. Il n'y a pas de
nous. On n'a jamais rencontré de nous dans la nature." (J. Derrida, in
D'ailleurs Derrida)

J'aimerais qu'on garde cette analyse suspendue au dessus du discours qui se
trame ici, comme une petite clochette familière et rassurante, comme un espoir
de vérité, un début de communication, un garde-fou entre le silence et le trop
parlé, le superflu, le déjà-dit.

20071023

Passage à niveaux

Vous vous rendez bien compte que votre mélancolie, que votre angoisse sont une
impasse, que votre attitude ne résout rien, et qu'il y a peu d'espoir que le
fantôme à qui vous écrivez aujourd'hui vous réponde demain. Pourtant vous
repensez aux jeunes mariés du train de la Modification, vous repensez aussi à ce
rêve aux couleurs de la SBB CFF FFS . Vous vous dites qu'il y a quand même
des choses à formuler, différemment, alternativement, qu'il y a des images à
garder, d'autres choses dont on ne peut parler et qu'il faut taire, pour
l'instant. Vous pensez qu'il est tard et que vous êtes fatigué, que ces mots
rapides ne rendent compte ni d'une réalité, ni d'un rêve, tout juste d'une
absence. Et cette absence, existe-t-elle en dehors de vous même ?

20071022

Retour sur Image

Peut-être aurais-je dû nous défendre davantage. Mais sur quelle foi, et sur
quels témoignages ? Comment cela aurait-il pu se passer ?

20071020

Parler avec les mots des autres, c'est peut-être cela la liberté. (J. Eustache, La Maman et la Putain)

If the dull substance of my flesh were thought,
Injurious distance should not stop my way;
For then despite of space I would be brought,
From limits far remote where thou dost stay.
No matter then although my foot did stand
Upon the farthest earth removed from thee;
For nimble thought can jump both sea and land
As soon as think the place where he would be.
But ah! thought kills me that I am not thought,
To leap large lengths of miles when thou art gone,
But that so much of earth and water wrought
I must attend time's leisure with my moan,
Receiving nought by elements so slow
But heavy tears, badges of either's woe.

Shakespeare, 44th sonnet

20071018

Amis sans rivages

Quelques pays du monde ne sont entourés que de frontières terrestres. Comme si
les difficultés économiques - auxquelles échappent la Suisse et le Luxembourg
pour les raisons que l'on sait - ne suffisaient pas, imagine l'absence de
coucher de soleil sur la mer, la puissance sans partage de la terre,
l'impossibilité essentielle d'une bouteille jetée au hasard de la houle.

On les appelle pays sans littoral.

Je suis sûr que l'océan, parfois, te hante...

20071017

"La Chimère regarda avec effroi toute chose..." (O. Redon)


Le temps maussade nous força finalement à rester sur la côte. Ce qui fit qu'une exposition providentielle sur
Odilon Redon, "Le Ciel, la Terre, la Mer", et ma solitude de spectateur dans ce musée improbable, me servirent de prétexte pour retrouver d'autres cieux, ainsi que d'autres terres, un temps plus fécondes...

Les expositions qui se tiennent ici semblent toujours menacées par un manque de justification. Ici c'est la femme de Redon qui sert de lien bien ténu, ainsi qu'un attachement à la nature qui par osmose miraculeuse nous lierait également au peintre, comme s'il était autrement impossible qu'un de ses tableaux ne se retrouve là, si loin de tout circuit conventionnel.

Et la Chimère nous poursuit, perturbable mais fidèle...

20071016

"LES CARTES POSTALES ...je m'impose une censure sévère...(J. Gaarder)

Je me demande si tu lis toujours le Monde de Sophie ? N'avais-je pas en te
l'offrant l'arrière-pensée d'en faire un objet transitionnel ?

Sur les cartes postales :

Jacques Derrida, La carte postale : de Socrate à Freud et au-delà

"Le 17 novembre 1979. Tu lisais une lettre d'amour un peu rétro, la dernière de
l'histoire. Mais tu ne l'as pas encore reçue. Oui, faute ou excès d'adresse,
elle se prête à tomber entre toutes les mains : une carte postale, une lettre
ouverte où le secret paraît mais indéchiffrable. Tu peux la tenir ou la faire
passer, par exemple pour un message de Socrate à Freud. Que veut te dire une
carte postale ? A quelles conditions est-elle possible ? Sa destination te
traverse, tu ne sais plus qui tu es. A l'instant même où de son adresse elle
interpelle, toi, uniquement toi, au lieu de te joindre elle te divise ou elle
t'écarte, parfois elle t'ignore. (...)"
Editions Flammarion, collection La Philosophie en effet, 2004, 549 p.

Si ceci n'est pas un journal intime, ni vraiment un album, peut-être est-ce une
carte postale... Si le texte n'est pas encore construit, si cette page
fragmentée ne fonctionne pas déjà, en tous cas sa cartepostalisation est en
route, pour un meilleur sinon un pire.

Demain nous quittons la région des plaines pour une incursion vers l'intérieur
des terres humides. Un itinéraire connu mais pas retracé depuis longtemps. Je me
demande déjà ce qu'il va en ressortir.

20071015

Transmission de la fleur et du style

Le vent ne cesse de souffler sur ce morceau du monde. Le jour autant que la
nuit, le souffle emporte le rêve, et aussi les peurs. Toutes les fois que je
suis ici, le désir de profondeur me saisit, m'emportant vers les reliefs de
l'île. Pas cette fois, pourtant, où je me tourne vers la mer, et le paysage cent
fois changé des nuages. Le bruit incessant du vent dans les branches est comme
le "charme subtil" cherché par Zeami dans le théâtre Nô. Passé, avenir,
angoisse, bonheur; et l'autre : fantôme vivant, souffrant, chanté par les
filaos.

20071014

"Je t'en prie, ne cherche rien en dehors de toi-même
Sous peine de te perdre à jamais.
Aujourd'hui je m'en vais seul
Et cependant je te rencontre partout.
Tu n'es autre que moi-même,
Bien que je ne sois pas toi,
Nos esprits sont emmêlés dans l'absolu."

Tozan Ryokai


Il fait si beau, le ciel est si bleu qu'il est difficile de croire en la
malédiction prononcée dans la nuit.

Toutes les cartes postales que je ne t'envoie pas, toutes les lettres que je ne
t'écris pas. Tous les livres composés délicatements par d'autres et que j'aurais
aimé que tu lises...

Tout est là.

C'est bien, d'une certaine manière, en rapport avec la foi, et dangereusement
près de l'abîme...

Bouteille à la mer

Est-ce que tu m'attendras ? Est-ce que je t'attendrai ?
Je ne sais plus vraiment parler...
L'expérience, cependant, et c'est ce qui est rassurant, affirme que l'on
n'oublie pas ceux qu'on a vraiment aimé.
Cependant, aujourd'hui je me sens bien éloigné de ceux et de ce que j'aime.

Une bouteille à la mer, un pas vers l'écriture...