20071024

Le maître et nous

"...Un nous où ceux qui disent nous savent que ce sont les singularités qui
entraînent un rapport interrompu. Et bien non seulement ça ne nous empêchera pas
de dire nous et de nous parler et de nous entendre, mais la condition pour que
nous parlions et que nous nous entendions c'est que cette interruption du
rapport demeure. Imaginez la proximité la plus grande possible entre deux êtres,
l'amour, l'expérience érotique, l'extase extrême : la distance n'est pas abolie,
la distance infinie demeure. Le nous c'est comme quand on jette les dés ou comme
on jette sa ligne, quand le pêcheur jette sa ligne, peut-être qu'il y a un nous
de l'autre côté, on dit nous, c'est une promesse, c'est une demande, c'est un
espoir, ça peut-être aussi une crainte : je dis nous, j'espère que c'est pas
nous, qu'on n'est pas enfermé dans ce nous. Dire nous c'est un geste fou, d'une
certaine manière, fou d'espoir, de crainte, de promesse, mais ça n'est
certainement pas une tranquille assurance quant à ce qui est. Il n'y a pas de
nous. On n'a jamais rencontré de nous dans la nature." (J. Derrida, in
D'ailleurs Derrida)

J'aimerais qu'on garde cette analyse suspendue au dessus du discours qui se
trame ici, comme une petite clochette familière et rassurante, comme un espoir
de vérité, un début de communication, un garde-fou entre le silence et le trop
parlé, le superflu, le déjà-dit.

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