20101029

Morale de l'absence, Absence de morale

" La vérité se "mi-dit" plutôt qu'elle se dit, indique subtilement
Lacan. Tenter de la dire toute, nous condamne ainsi à la perdre. C'est
dire qu'il n' a pas plus de sincérité sans retenue, que de paroles
vraies sans pensées à jamais vouées au silence. Ce sont ces pensées
silencieuses, index d'un réel, qui permettent à la parole de
s'ordonner." (Anaëlle Lebovits, in Le diable probablement n°8 p9)

C'est donc ici que se réorganise ce qui surnage du non-dit et qui a
réchappé du naufrage, si naufrage il y a eu. Est-ce de la résistance ?
Non, au contraire, c'est le réel qui suit son cours. Et le début de
quelque chose de neuf.

Bon, autant dire tout de suite qu'à l'heure actuelle ce n'est pas très
joyeux - Mais tout n'est pas vide,, heureusement, et l'espace se
remplit.

20101012

20101005

"L'année du miracle et de la tristesse"

Cher William,

En deux mois j'ai réussi l'exploit de te retrouver, et de te perdre à nouveau ...
Je m'en veux un peu, quand même !!
Il n'y a pas grand chose, à part de la tristesse, ce soir...

Je t'embrasse, et j'espère que tout va bien se passer pour toi.

...

20100913

S'ouvrir au monde (version 2)

 
There are few sights in the natural world more impressive than a hurricane near maximum intensity. Hurricane Igor certainly fits that description this morning, as it flirts with Category 5 strength in the Central Atlantic. Igor's rapid intensification burst brought the mighty hurricane's winds to 150 mph, just shy of the 156 mph threshold for Category 5 status. Igor is the strongest hurricane in the Atlantic in three years. The last hurricane stronger that Igor was Category 5 Hurricane Felix of 2007.

S'ouvrir au monde (version 1)

 
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levi strauss

Pas plus que l'individu n'est seul dans le groupe et que chaque société n'est seule parmi les autres, l'homme n'est seul dans l'univers. Lorsque l'arc-en-ciel des cultures humaines aura fini de s'abîmer dans le vide creusé par notre fureur, tant que nous serons là et qu'il existera un monde - cette arche ténue qui nous relie à l'inaccessible demeurera, montrant la voie inverse de celle de notre esclavage, et dont, à défaut de la parcourir, la contemplation procure à l'homme l'unique faveur qu'il sache mériter : suspendre la marche, retenir l'impulsion qui l'astreint à obturer l'une après l'autre les fissures ouvertes au mur de la nécessité et à parachever son œuvre en même temps qu'il clôt sa prison ; cette faveur que toute société convoite, quels que soient ses croyances, son régime politique et son niveau de civilisation ; où elle place son loisir, son plaisir, son repos et sa liberté ; chance, vitale pour la vie de se déprendre et qui consiste - adieu sauvages ! adieu voyages ! - pendant les brefs intervalles où notre espèce supporte d'interrompre son labeur de ruche, à saisir l'essence de ce qu'elle fut et continue d'être, en deçà de la pensée et au-delà de la société : dans la contemplation d'un minéral plus beau que toutes nos œuvres, dans le parfum, plus savant que tous nos livres, respiré au creux d'un lis ; ou dans le clin d'œil alourdi de patience, de sérénité et de pardon réciproque, qu'une entente involontaire permet parfois d'échanger avec un chat.

Claude Lévi-Strauss, dernières phrases de Tristes tropiques, 1955.

20100910

Oh une amie

 
Cher William,
 
Pour la première fois depuis longtemps j'ai trouvé une amie à qui je pouvais me confier. Pour la première fois j'ai raconté notre histoire à quelqu'un... Quel bonheur ! Un grand poids a soudain disparu de ma poitrine.
 
Pardonne-moi de t'avoir tant demandé d'un coup. J'ai vraiment été bête et pour le coup c'est toi qui a montré plus de maturité que moi. Un comble... J'espère ne pas avoir tout gâché, et que le temps me guérira,  qu'on partagera encore des choses, plus tard, et surtout qu'il y aura beaucoup d'humour, de légereté, et de confiance.
 
Je crois qu'il est temps que je me taise, maintenant, et que j'ouvre les yeux sur le monde...

20100909

Projets (time is running out)

Je me donne cinq ans pour devenir écrivain
Six pour courir un marathon
Sept pour enseigner l'Aikido
Dix pour devenir psychanalyste.


Aujourd'hui je suis malheureux, tes messages et nos échanges si récents auxquels je m'étais instantanément habitué me manquent. Tu me laisses lamentable sur une plage déserte et sans charme. Il faut que je laisse passer quelques jours pour que ma gorge se déserre. Encore laisser passer les jours... Longue, interminable convalescence. Ne suis-je pas pathétique en souhaitant que tu sois au moins mon ami ? J'ai peur que même ce souhait tu ne me l'accordes pas, et tout en me repprochant d'être nul avec toi et d'avoir commis toutes les erreurs possibles, je ne comprends pas pourquoi tu me fuis si fort et si loin. Je prie pour que tu changes d'avis, que tu reviennes juste un petit peu de temps en temps. I just hate myself today.

Je t'embrasse en secret.

20100908

...

Victoire !

Pour la première fois j'ai réussi à monter cette putain de côte en courant SANS M'ARRÊTER !!

Les plombs ont sauté (disjoncteur cérebral)

J'évite de penser à cette infranchissable distance qui me sépare maintenant de toi. Et par chance j'y parviens un peu pour l'instant, comme si mon cerveau se protégeait lui-même. J'espère que ça va durer... Et que je saurais conserver l'élan que tu m'as apporté ce dernier mois.

Je pense à toi, travaillant sans relâche dans ta petite chambre. Courage ! Je sais que tu y arriveras.

20100907

Je m'habillerai toujours en bleu

Cher William,

Je passe de la nuit la plus heureuse à la nuit la plus triste...
Je crois que tu vas me manquer toute ma vie, maintenant.

Mais ça ne fait rien, ou presque, je continuerai de t'écrire.

Merci pour tes caresses et ta présence.

Je t'aime

"Aimer à perdre la raison"

J'ai peur de t'avoir tellement deçu que tu ne veuilles plus entendre parler de moi.
Pourtant, être avec toi était tellement magique.
Je suis horriblement perdu, alors que je voudrais seulement t'apporter du bonheur. Je suis un odieux crétin. Pardon.

20100818

Lettre noire, très noire, d'un pays sombre, très sombre (à moins que ce ne soit l'inverse)

Cher William,

I don't know why I keep using this page to write you letters since you allowed me as a friend on facebook. I may still be as shy as a wild cat, not yet tamed nor used to your re-discovered friendship. Neither do I want to trouble you with my so personnal doubts during your first days of freedom and manhood; I still hope though that you will find these words one day or another, and understand and forgive my weaknesses - or tell me to behave...

As my other William friend (the S. one) would put it : "In truth I know not why I'am so sad"

I can't stand my job anymore (well, this is not breaking news, let's say that the physical effects of this disgust or incapacity are now having terrible consequences on my health and mind) and despite those drawbacks, i'am still loving it, and the beautiful places I'am living in, and the nice people i'am meeting everyday . So what can I do ? It's so difficult, I'am not a natural born manager, as you would guess easily, and working here is emptying me of all the meager ressources I own.

Could you believe that I need one bottle of gin every single day to merely be able to go to work ? Of course, nobody could tell, because of my theatrical skills, but nonetheless this is the sad and despicable truth. Just one year ago, this magic recipe was still working, but now I'm just so tired and weak and bored - and my body is not going to stop to warn me...

I am sure that having a friend here would prevent me from doing such stupid things, but it is a vicious circle, and I know that you'll understand me, because solitude (or loneliness) was one of the thing that made us connect together.

Et surtout je suis devenu muet, incapable de formuler ce que mon cerveau pas trop abîmé encore mais en voie de l'être me crie : "casse-toi le plus vite possible, et remets-toi à marcher sur tes jambes avant qu'il ne soit trop tard."

It's been so long since my last nice evening (you know, when in bed at night you're thinking about the beautiful day you just had...). It would be so difficult to clearly explain to you all the frustration I feel while spending all my days working with no friends to talk to and spend time with; but with your stay in Bayonne you just reminded me about the importance of living with friends and sharing time with people you like.

Il fallait bien que je le dise et tant pis si ce n'est pas bien écrit où s'il vaudrait mieux l'avouer à un psy plutôt qu'à toi. Je ne veux rien te cacher, même si "garanty void if seal broken", nous sommes les deux personnes auxquelles je ne souhaite pas mentir


Voilà aussi pourquoi je semble tellement à l'affût de tes nouvelles, comme un nageur près de la noyade arrivant dans une poche d'air.

Please forgive me for the very formal and bordélique tone of this letter - I know that you won't be able to offer me any magical answer but it's my way of saying that I'am so affraid of dying or suffering or being unable to be with you and be a good and profitable friend to you.

Mais, tout de même, le ciel est bleu et les cigales chantent (heureusement...)

Big hug,

Tristan

20100814

Au loin s'en vont les nuages (Toute la pluie tombe sur moi)

L'orage gronde ici depuis deux jours. Pour le malheur de nos clients qui veulent toujours du soleil. Quelle idée ! Un monde sans pluie serait d'une telle tristesse... "Pour un cœur qui s'ennuie / Ô le chant de la pluie !" (Rimbaud).

"Au loin s'en vont les nuages" est un film finlandais de Kaurismaki. Les couleurs de ce film et l'apparente simplicité du scénario - un couple perd un travail, fini par en retrouver un en ouvrant un restaurant - , le mystère de cette langue bizarre... Et ce si joli titre ! Tout s'accorde pour faire de ces images un OVNI (a propos d'OVNI, le gouvernement Brésilien vient de voter une loi pour que les pilotes d'avions signalent obligatoirement toutes les apparitions d'OVNI dans le ciel...) dont je me souviens 13 ans après l'avoir aperçu.

Je compte sur toi pour aller beaucoup au cinéma... A côté de la fac de médecine près de la Rue des Ecoles (un coin où tu iras forcément pour ses librairies médicales et ses boutiques où on vend des squelettes en plastique) il y a beaucoup de salles où on projette des merveilles, anciennes ou récentes, et c'est vraiment le cœur de Paris, et pas la tour Eiffel, comme on le croit trop souvent...

Dans un autre registre, la température anormalement élevée des océans a modifié cet été la direction des vents très puissants ("jet streams") qui survolent l'Europe et en déterminent le climat, d'où la chaleur extrême de Moscou (et d'ailleurs aussi, 17 records absolus de températures ont été battu le mois dernier un peu partout dans le monde) et les graves inondations du Pakistan.

Pas de cyclone dans l'atlantique, mais les modèles informatiques prévoient l'apparition d'une dépression tropicale vendredi prochain...

Si je devais refaire des études, je crois que je ferais de la météorologie, qui est aussi passionante que la littérature lorsqu'il s'agit d'expliquer les mystères du monde...

En 2012, il y aura un cyclone qui s'appelera William ! (enfin peut-être, car il est en fin de liste, et il en faudrait 22 avant...).

Bon, assez de bêtises !

20100810

William,

Ne te laisse pas effrayer par mon "lyrisme de poitrinaire bleuâtre" (C'est ainsi que Flaubert parlait du style de Lamartine).
J'ai suffisement attendu dans mon coin pour perdre le contact avec le réel, et pour tout te dire je suis également en plein choc thermique.
D'autre part je ne pense pas avoir mal interprété tes propos, mais il faut que tu d'habitues à mes moqueries douces...
J'apprécie ta lucidité, d'autant qu'elle a les reins solides, pour être encore bien vaillante à une heure aussi avancée de la nuit.
Enfin pardonne-moi si tu te sens débordé - il fallait que je te dise tout cela, et maintenant ça va mieux.

C'est un beau choix de carrière, Médecin, mais j'espère que tu n'oublieras pas tes penchants pour l'art. C'est important d'avoir plusieurs cordes à son arc...
Je te souhaite bon courage, en tout cas. Il faudra que tu me racontes, la fac de Médecine devant être si étrangère à ce que j'ai connu...

Je crois que nous avons eu une adolescence très différente. Je suis resté un petit garçon très longtemps, et pas un très bon élève dans la plus belle île du monde, à m'amuser dans les forêts et dans les rochers avec des amis qui ont partagé davantage mes jeux que mes pensées. Ce n'est que vers quinze ans que j'ai commencé à regarder davantage le monde, surtout lorsque je suis allé au Festival d'Avignon (quatre fois de suite) pour assister à des centaines de pièces de théâtre qui ont tellement influencé ma vie par la suite. Quelques professeurs (en Lettres et en Philo) m'ont fait apercevoir des merveilles et j'ai alors découvert le plaisir de lire autre chose que du Jules Vernes et d'apprendre. J'ai eu la chance aussi d'avoir des parents attentifs mais qui m'ont laissé totalement libre (il faut dire que j'étais très sage...) même si mon père aurait préféré que je passe un bac S pour être un peu sérieux... Quoiqu'il en soit à 17 ans, après ma mention Très Bien (et toc !) j'ai quitté la Réunion et la maison pour un internat et une prépa Lettres. Là encore, j'ai investi toute mon énergie dans le travail et j'ai eu la chance d'avoir une excellente prof de géographie qui a pris le temps d'orienter un peu dans le monde le petit garçon que j'étais toujours. Après cette année j'ai passé deux ans à Henri IV - où j'ai commencé à tomber amoureux de garçons qui m'écrivaient de jolie choses, mais qui préféraient toujours les filles. Après avoir raté deux fois normale sup (bon la deuxième fois je ne me suis pas vraiment appliqué...) j'ai commencé à me sentir épouvantablement seul (en réalité ça avait commencé avant mais écrire des lettres d'amour me suffisait, et je n'avais pas encore pris conscience que la philo que j'aimais tant n'avait en fait rien a voir avec ce qu'on apprenait en fac). J'ai passé ainsi 7 ans à Paris, à courir les cinémas et à lire, à suivre les philosophes que j'aimais (Derrida !).
A côté d'Henri IV il y avait un pub Irlandais que j'ai si souvent fréquenté qu'il a fallu que j'y travaille pendant 4 ans ! Ceux qui le tenaient sont devenu ma deuxième famille et m'ont appris un métier et le plaisir de vivre la nuit dans les plus beaux lieux (et parfois les plus gores) de la capitale. Ils se sont si bien occupés de moi... J'aurais bien continué comme cela longtemps, hélas, le père est tombé malade et est mort en deux ans d'un cancer du poumon. Sa femme en est devenue un peu folle et a quitté provisoirement son pub et Paris. Et moi je suis rentré au Club Med où j'ai concilié mon goût pour le bar et l'ambiance d'internat.

C'est un peu confus tout ça... Je comprends maintenant ce que voulait dire Patrick Bruel quand il chantait "on peut pas mettre dix ans sur table, comme on étale ses lettres au scrabble". Tu vois, je peux aussi faire des citations populaires...

Je te laisse maintenant, il faut que j'aille préparer le bar pour l'assaut de dix heures... Et l'arrivée de l'Ambassadeur de Chine qui vient passer une semaine ici...

J'espère que tu me répondras vite, mais garde quand même du temps pour tes amis : c'est tout de même avec eux que tu es parti en vacances !! Et dors aussi !

Je t'embrasse,

Tristan

20100801

Compte à rebours

 
Bonsoir Monsieur.
 
Je suis à la fois plein de joie et de fatigue ce soir. C'est la fête nationale Suisse, aujourd'hui. Demain tes dix-huit ans...
 
Je te souhaite de beaux rêves cette nuit !
 
 

20100730

Angst (Coupable by Thiéfaine)

 
Mon petit Poulet,
 
Que vais-je faire dans trois jours, lorsque les mille levers de soleil qui nous séparent auront fini d'apparaître ?
 
Fêter ton entrée dans la vie des grands, bien sûr.
 
Mais j'ai peur de m'écrouler, sans toi, car il ne reste aujourd'hui de ce que je croyais être moi que des ruines.
 
Ta tête sur mon épaule, et tes yeux, voilà ce que toute  la littérature et  mon expérience du monde désignent comme le bonheur, et pourtant... que la montagne est belle.
 
 
Je t'embrasse,
 
Tristan
 
 
 
 
 

20100711

Sometimes

Bonsoir Monsieur,

Toujours je me souviens dans les beaux lieux ou endroits calmes
De votre visage,
Pourtant ce n'est que l'absence de ce visage qui saute aux yeux.
Et le son de votre voix
C'est le silence en creux.

Qu'est-ce que le monde ?
Rien d'autre que votre ombre (un brin lointaine).

Est-ce que je vous aime ?
Sans toi, pas d'indice.

20100705

Time is running out

Beaucoup de jours sans message,
Mais aucun sans pensée.

Je tremble de peur à l'idée de t'écrire.