20091217

T - Transit

Le bitumineux de l'ici comme du là-bas vs l'arrachage périodique qui me plait tant dans mon métier.

Ce qui doit être frustrant, au moment de sa mort : ne pas pouvoir ressaisir toute l'expérience, reconnaître certains extraits de la connaissance comme hors d'atteinte, la totalité finale ("qu'on ne peut juger de notre heur...") qui se refuse à la recollection.

Ou bien, se placer dans l'ici et le maintenant, et considérer que, l'instant de sa mort est à proprement parler le bout du voyage, là où mon existence m'a placé, comme un destin a posteriori.

La seconde situation, loin de le première - trop morale de dentiste, comme dit Lacan - me semble davantage digne d'être vécue, lorsque le moment sera venu. Mais sans doute, la première devant être donnée d'emblée, nécessite-t-elle davantage de préparation.

20091213

S - Où il ne sera pas question de solitude

Non, je ne suis pas seul, puisque tu es toujours avec moi.
Mais, quand même, ce grand point d'interrogation sur le tableau de ta vie.

20091205

R - Reste que je suis ici

Je ne sais plus à propos de quoi Derrida et cette phrase, mais elle me rappelle la dédicace d'Hélène, "Reste du côté des lettres, où l'on ne rencontre que corps..." qui est du temps où la parole était magique, les mots gros de sens et de possibilités de combinaisons.
Ici, aujourd'hui,
Pas de corps, de visage qui accrochent - pas de parole, douce ou amusée - les parfums, les couleurs ne recouvrent aucune profondeur, tout est donné d'emblée. Cela devrait me reassurer, ce désabus, cette déconstruction des apparences. Et pourtant je ne trouve que source d'angoisse
Restent de beaux livres et films - de l'amour en conserve ?

R encore : regrets, roman, rire ?
Quelques phrases ramenées de la bibliothèque :

"Et je pense, avant de sombrer dans le sommeil, confusément : il y a la réalité, et il y a les rêves, et puis il y a une seconde réalité (...) un maladroit besoin d'épaissir la vie" (Gide, SI le Grain ne meurt)

"Wilde commença de rire, d'un rire éclatant, non tant joyeux que triomphant, d'un rire interminable, immaîtrisable, insolent, et plus il me voyait déconcerté par ce rire, plus il riait"

"Depuis, chaque fois que j'ai cherché le plaisir, ce fut courir après le souvenir de cette nuit." (ibid)

20091129

R (suite) - Récit du pays des âmes laineuses

Il est six heures du matin. Hier journée de fête au Maroc : on égorge le mouton ramené de la campagne et l'on mange les brochettes en famille. Quelques barmen ont pris des arrêts maladie, comme c'est la coutume ici dès que l'on est malade du travail et qu'on veut passer davantage de temps à vivre dehors. Cela à beau m'énerver, puisque c'est à moi de travailler plus, je ne peux m'empêcher de penser qu'ils ont raison : mépriser le travail, l'entreprise, le patron, c'est quelque chose de merveilleux, le début de la liberté. Ce qui me gène, c'est qu'il s'agit là d'un acte naturel, et non pas politique. Quand même, j'aurais dû fermer le bar, et aller me promener.

Autre chose : ce mouton, que l'on a égorgé dans la cour derrière le bar, sans douceur (pas comme celui d'un des barmen simplet et donc si gentil, qui a parlé à son mouton, lui a donné à boire et demandé de renoncer à la vie - ce qu'il a fait en toute connaissance de cause et avec bonne volonté - et n'a pas regardé lorsque son père à tranché la gorge de l'animal ).Je tentai de me mettre à sa place : ne pas avoir peur de la mort, et attendre sans aucune émotion le couteau. Répandre ce sange rouge vif et laisser son corps se secouer de spasmes pendant que les exécuteurs se peignent le visage avec la vie qui s'en va. Si je méditais assez- c'est-à-dire si je savais m'asseoir, simplement m'asseoir - je n'aurais sans doute plus peur de la mort. Mais je ne suis pas encore assez zen : l'intérieur exposé de ce mouton m'a troublé.

Comme il n'y a pas de hasard, j'ai emprunté à l'institut français un film de Nicolas Philibert, Retour en Normandie - je savais, mais j'avais oublié avant de le revoir - qu'il s'agissait d'une étude sur les traces du film "Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, mon père et mon frère...".

Je dors bien, pourtant...

20091124

R - Rites, rituels enchâssés (zones squameuses du langage)

On parle beaucoup des rituels de beauté, dans les magasines féminin. Le rituel est à la mode, c'est une notion qui fait élégant, qui souligne l'habitude, tout en effaçant la contrainte. La puissance du rituel vient pourtant de la contrainte formelle.

Les rituels qui se laissent saisirs comme tels, où la contrainte ne cesse d'être formalisée pour se laisser voir comme telle : l'aikido, le zen

Les rituels refoulés, le désir inconscient de : le journalisme, la politique, l'école parfois - le lieu du pouvoir en somme.


C'est de là que l'âme perd des écailles qu'on peut suivre sur le sol et parfois laisser nous étouffer alors qu'elles s'amoncellent.

20091123

Réduit à quia (Marcher tout doucement vers une fontaine)

Est-ce cela la sublimation ? La répétition de la névrose qui fait que l'acte semble s'enkyster pour devenir talent : la répétition de la faille créé progressivement la voix - le chant, la danse, l'artisanat, la parole. C'est la pratique, encore, quand la répétition effece le doute.

Sur le silence : "Le secret, cette réserve qui, si elle parlait, la faisait différer de parler, lui donnant parole en cette différence.

"Vous-ai-je jamais promis de parler ?" - "Non, mais c'est vous même qui étiez, ne disant rien et refusant de rien dire et restant liée à ce qui ne se dit pas, promesse de parole."

Ils ne parlaient pas, ils étaient les répondants de toute parole encore à dire entre eux" (Blanchot, L'attente l'oubli)

Pardon pour toutes ces idées amassées comme au hasard... Je n'ai pas le temps de faire d'aussi joli paragraphes que je le voudrais.
Mais quand même l'espoir d'être des répondant de toute parole encore à dire entre nous

20091113

P - Psychanalyse ("Ne cède rien sur tes désirs"), Politique (One-dimensional man), Paris Métropole

A quatorze ans je commençai à lire "Introduction à la psychanalyse." Sans probablement en avoir tiré grand chose - et sans même l'avoir fini j'eu l'impression q'une porte s'ouvrait dans le réel, que les mots prenaient soudain de l'épaisseur. Qu'on puisse transformer le rêve en un message, que des trappes cédant sous la langue mènent à une vérité intime, cela me fascina. Ensuite - était-ce une période de latence ... ? - la présence : Cixous, Derrida, Lacan, Kristeva un peu moins : le "savoir plus" de la psychanalyse, sa longueur d'avance dont tout le monde se méfie : ce que vous dites est un peu plus que le vous-même apparent, et dans cet "un peu plus" se déroule une histoire, le vous en histoire.

Je note que chez moi Il n'y eu langage (langage conforme aux attentes, langage de briques) que lorsque les désirs furent ignorés, ou non assumés, ou brimés. Ensuite, le "dit du désir" transforma la parole en bribes, en fragments, en ennui. Il n'y a plus de désir de phrase - mais alors c'est un langage, poétique, dans le sens ou il s'hallucine du désir - que lorsqu'il y a de l'amour, ou , du moins, de l'érotique.

De même, la politique, la vraie, ne sort pas du langage (il faudra en reparler)

Politique personnelle : la morale. Comment devons-nous vivre ? En mouvement, toujours, ne rien accumuler mais maintenir une posture juste. Aussi douloureux, profitable à long terme au moral qu'au physique. La vie à l'étranger (traces de Paris), expatriés snobs et inquiets de l'institut français de Marrakech. Que va-t-on chercher dans la présence française à l'étranger. Le nom d'un café : comAparis (le A comme figuration de la tour Eiffel). Et moi-même, rassuré par la présence de ces livres, de cette programmation cinématographique si convenue. ET, quand même, sous la forme d'une muraille, d'une chaîne de montagne, un peu d'étrange....

La chronique, parler du temps, de la route du temps sur laquelle on chemine, de l'époque qui nous déchire de ses barbelés, c'est aussi de la politique.

20091109

O - Oubli ("à toutes les femmes que j'ai aimé un jour.")

Alors, le O, ce pourrait être le centre, puisque l'on sait que ce qui est oublié ne l'est jamais innocemment. Ce que j'oubliais sur la littérature, l'autre jour , "Quid illuminans et illuminatum prefulgens", dit Dante en défendant sa langue italienne, "ce qui donne lumière et qui, illuminé, resplendit".
Le centre donc, et la figuration d'une route autour du vide, la voie zen.
Le refus de l'oubli : le premier mot, qui en appellera d'autres - l'incipit, rompant la page blanche, fait du vide le lieu de naissance de l'histoire. Absence, présence, le O se retourne ainsi à la façon de l'anneau de Moëbius.

N - Numéro 6 ("... Pour trouver du Nouveau !")

N'ai-je pas déjà parlé du prisonnier comme image délirante du Club Med ? Encore aujourd'hui, l'ancien numéro deux, vient menacer le numéro quatre, qui s'en prend aux hommes libres...
Dure journée aujourd'hui, et de nouveau les belles idées qui m'apparaissent encore parfois au matin s'évanouissent quand vient le soir, et pour toi il ne reste plus qu'un souffle. Soit espérer que quelque chose finira par passer, ou bien changer de rythme...

20091102

M - Mensonge et messages (larvatus prodeo)

Quand commence le mensonge ? Peut-on se mentir à soi-même ?
Notre histoire a commencé dans le mensonge, et s'est terminée douloureusement dans la vérité. Horreur, n'est-ce pas ? Et pourtant, quels beaux moment passés ensemble...
Alors, cela me porte à croire que lorsque le langage se distend, se dissimule, le social se transforme. Et derrière l'écran du mensonge, une dépression, un vide s'installe : comme celui qui soutient le vol des avions. Ainsi, certains pensent qu'un avion s'appuie sur l'air pour voler, alors qu'il est aspiré par le vide qu'il crée en avançant. Le vide dans le social permet un déplacement inédit. Avec toi je me suis senti plus vivant que jamais, exister, finalement.

Toutes les implications de cette découverte... Le zen, la résistance, la philosophie morale...

20091027

L - Littérature et supplément (Montaigne en son château) - Chanson de la plus haute tour

Un peu de retard pour cette première carte postale de Marrakech.
Qui vient s'ajouter aux dix ans d'ajournement en ce qui concerne la littérature dans ma vie.
La littérature c'est : ou bien un monument dédié aux morts, mais qui grâce aux magouilles propres à l'exercice de la parole est loin de les faire se tenir tranquilles (Proust).
Ou bien, le petit ruban volé chez Rousseau, péripétie initiale qui se déroule presque sans s'en apercevoir, mais qui donne lieu à l'apparition de l'auteur, si ce n'est de soi-même.
Ou encore, c'est aux abords du Réel qu'elle se situe, entraîné par son vide qui lui arrache les symboles. "Introibo ad altare dei". Et Joyce, bien sûr.

Alors, de la tour lisante (bibliothèque) / écrivante (Essais) de Montaigne (un "phare" baudelairien ?) au dangereux supplément, que dire de cette "soif malsaine" ?
Rien qui soit sûr... Mais où d'autre habiter ?

Je pense à toi, depuis cette place Jemâa el Fnâ, "Patrimoine immatériel de l'humanité", en me demandant, qui d'elle ou de moi, est le moins matériel...

20091008

K - Kilomètres aller-retour ("Faire le thé et partir")

Pourquoi cette existence errante, sans apparente accumulation, à l'image
d'une révolte adolescente contre les acquis petit-bourgeois - et sans
renoncer vraiment aux charmes de ceux-ci ? Par la force des choses, ou
bien par un choix pas vraiment formulé ?
Cela ressemble à s'y méprendre à une fuite. A moins de considérer un
autre aspect, celui qu'éclaire Barthes (sur un autre sujet...) en
définissant dans "L'intervalle" le Ma et l'Utsuroi japonais : d'un côté
"toute relation, toute séparation entre deux instants, deux lieux, deux
états", de l'autre "le moment où la fleur va faner, où l'âme d'une chose
est comme suspendue dans le vide, entre deux états."
A l'aide de ces déplacements géographiques,aussi, donner à ma vie la
profondeur de l'imaginaire ou le volume romanesque qui lui manquent.

20091005

J - Japon (carnets de quand tu n'es pas là)

Les socialistes reviennent aux affaires en Grèce. Le premier ministre,
fils et petit fils de premier ministre. La démocratie n'empêche pas les
dynasties...
La France devient de plus en plus grise et froide, heureusement que je
vis plus au sud...

Pas encore le Japon, hélas. Ni un travail honnête de planteur de riz qui
apprend l'aïkido.

Et toi ?

20090907

Inepte (infrangible absence)

 
Il m'aura fallu plusieurs jours pour trouver ce i, qui aurait pu être  imaginaire, incertain, ou même interdit. Chaque action, pensées frappées de ce sceau, qui de sain resterait intact ?

20090824

H - Hasard (Analysis of Critical Control Points)

Est-ce le hasard qui détermine une existence ? Ou le destin peut-il prendre différentes formes ? Si je n'avais croisé Hélène, puis Jo, puis Gaël, puis toi, n'aurais-je pas rencontré d'autres caractères qui sous d'autres visages auraient eu les mêmes fonctions ? De la sensation à l'écriture, de l'Ecole à la Nuit, de l'ami à l'amant : qui n'a connu ce chemin ?
Et pourtant, chaque personnage à sa signature, chacun, unique, marque le temps, mon temps.

20090817

Godard (Nul mieux que)

 
Ces derniers jours, la Chinoise (les images de Nanterre en 68), le rapprochement entre le Club Med et les camps de concentration. Jamais je ne le laisse trop loin de moi (même en train vers Villars, près de Rolles)
Son langage, ses images...
 
 

 

20090811

F - Folie

Non seulement le premier hélicoptère - restera-t-il le seul ? -  que j'ai piloté sans aide était immatriculé F- OLIE, mais aussi Deleuze (quelqu'un "perd les pédales")...
 

20090808

D - Qui désire, Délire

Deleuze
La maman et la putain ("Le Jack Daniels dans un film de votre choix")
Lacan
Le programme de l'agrégation 2010.
Autant de signes qu'il y de nombreux comptes à régler... Et que nulle part le raisonnable n'est en vue...


Si le E n'est pas Ellipse, alors...

20090806

C - Culpabilité (Contrôle des habitants)

Dans mon univers aujourd'hui : calcul et rentabilité, plan d'action, passage au crible de tout. Chaque fait, chaque geste doit être justifié, mais pas dans l'ordre du vrai, dans celui du vraisemblable seulement. on calcule, presque, on passe au crible presque tout, on se défend sans cesse. Plus le contrôle grandit, plus la part de ce presque augmente - la part du diable ? - et plus la violence du contrôle est forte, écrasante.

Aujourd'hui, Ewa - qui n'est pas tout à fait un personnage de roman - me disait qu'il fallait que je grandisse. J'aurais pu lui répondre qu'on ne grandissait pas tout seul. Et que tous lieux ne se valent pas (c'est le C du Chat...)