20240623

C'est pas moi - un fil(m) de Léos Carax

Je pense aux films, aux lieux, aux rencontres qui m'ont marqué. A mesure que je vieillis un monceau de bric à brac et de flux continu s'amoncellent sur les choses importantes.
Je voudrais écrire, inventer une vie du tissu duquel tu serais un fil. Un point fixe. Un regard

Philharmonie

Aujourd'hui j'ai commencé à dire au revoir à des endroits que je ne toucherai plus.
Le temps passe

20240610

Promenade

‌Il est bien tard, ce soir, sur l'Europe, qui continue petit à petit à se durcir, à se rigidifier, à se putréfier... J'aurais bien aimé vivre dans un temps plus joyeux, dans un cycle de découverte de l'autre et d'ouverture... Mais on ne décide pas de sa position dans l'univers !
Ce serait d'ailleurs une erreur de l'univers, tu dis, que je me sois intéressé à toi, et pendant si lontemps ... Peut-etre ! Mais il persiste. Figure toi que la même semaine où tu m'écrivais de nouveau après un si long silence, je recevais un message d'une connaissance dans la cave de laquelle j'avais laissé une valise depuis de si nombreuses années que je la croyais à jamais perdue ou jetée. Vendant bientôt son appartement, elle me demandait de venir récupérer la valise si j'y tenais encore. De mémoire elle devait être là depuis 2007, quand je l'avais laissée au retour d'une saison à Val Thorens. Je m'attendais donc à y retrouver ma tenue d'aikido, quelques vêtements d'hiver et peu de choses importantes. Mais voilà que la ramenant chez moi, difficilement (c'est une vieille valise d'un modèle disparu), je l'ouvre et m'aperçois qu'elle a été mise là en 2008, à mon retour de Villars. Une capsule temporelle d'il y a seize ans... Il y avait à l'intérieur ce que j'avais prévu, mais également une compilation de Joe Dassin (intitulée "l'éternel"!), et les mails que je t'avais envoyés pendant ton stage aux Glénans et que j'avais imprimés avant que la boîte mail des bars ne soit réinitialisée. Je ne crois pas aux desseins cachés de l'univers, mais j'apprécie les coïncidences qui réjouissent mon âme de poète. Toi et ces lettres oubliées qui réapparaissent la même semaine !
Je ne sais pas si j'ai su t'apprécier à ta juste valeur - je ne te connais pas très bien et ne t'ai aperçu que si peu de temps (nos rencontres, mises bout à bout : quinze jours au club Med, une fin d'après midi et une nuit à Montigny le Bretonneux, quelques verres et repas dans le 5ème arrondissement de Paris), et sinon de loin, dans une course d'étoile filante : Paris, l'Australie, Chicago, Londres (et la suite dont je ne me doutais pas!). D'un point de vue strictement scientifique mon attachement à toi est dû plus probablement à architecture singulière de mon désir et aux dispositions particulières de l'univers. Pourtant je ne peux m'empêcher de rêver à une promenade avec toi, où tu me dirais tes rêves, tes aventures, tes blessures, la simplicité du quotidien, et où l'on partagerait notre présence et la joie d'être au monde. Depuis que l'on s'est rencontré je n'ai jamais perdu l'espoir de cette promenade, et je te suis bien reconnaissant de m'offrir de nouveau, avec tes lettres, la réalité de ta présence - qu'importe si nous sommes loins et qu'importe le risque que ces échanges soient de nouveau trop brefs, que tu t'éloignes de nouveau. Ce temps aura existé !

Bon, je m'enflamme, c'est l'heure tardive, les élections, le manque d'habitude que j'ai de t'écrire...
Ce que tu me dis de ta santé, de ta carrière, de ta difficulté à être heureux me touche et m'inquiète. Tu as vraiment dû traverser des moments difficiles, et c'est dur à la fois d'entendre ça et de me dire après coup que je n'ai rien fait  qui puisse t'aider. Dans ce que tu me rapportes il me semble pourtant reconnaître, et ça me rassure, cette force et cette volonté qui te caractérisent si bien. Avoir delaissé un travail que tu avais choisi et pour lequel tu étais doué dénote un grand courage, je n'imagine pas ce que tu as dû supporter avant d'en arriver là. La souffrance de ne pas se sentir libre ou épanoui dans une activité qu'on aime et qui donne du sens à la vie est un bon carburant pour devenir fou de tristesse.  Je te retrouve aussi lorsque tu te décris comme un arbre au tronc de roseau et au feuillage de plomb. Cette image, terrible pourtant, me fait penser aux dessins que tu faisais. Est-ce que tu dessines toujours ? Je ne sais pas comment ton corps-vaisseau te mène et quelles sont les embûches que tu rencontre au quotidien, mais  pratique du yoga est une vrai surprise pour moi, je ne t'aurais pas imaginé en faire (tu vois que je te connais bien mal!), mais c'est une incroyable richesse (pas seulement parce que tu peux en faire un métier...) : avoir une telle pratique et pouvoir la transmettre, c'est vraiment une chance... Quant au sentiment d'être maudit... Tu m'en diras plus, si tu veux. J'espère que ton existence à Montréal s'organise bien, que tu rencontre des personnes chaleureuses, que le printemps rend ton existence légère...

J'ai mille questions à te poser, en fait...

Je me prépare à partir trois jours en Lozère avec des collègues pour une rencontre autour de la psychiatrie dont le thème est "obéir n'est pas soigner", il faut qu'on termine d'écrire notre intervention d'ici là. J'ai hâte de te raconter. Prends soin de toi !