20200225
Se rappeler de vivre
Apres l'avalanche de soucis du soir, envisageant d'avance ceux du lendemain, déplorant une nouvelle fois l'absence d'épaule consolatrice, je lève des yeux surpris sur le brin de mimosa survivant déposé le matin sur la petite étagère de ma salle de bains. Ressuscité plus que survivant, entraînant dans son parfum les souvenirs renaissants des jours de paix des vacances.
20200221
Carte Postale
Je voulais attendre la fin de ma semaine de vacances pour t'écrire, et te raconter de beaux moments de joie que j'aurais aimé partager avec toi. Je te ferai une lettre plus longue dans le train du retour. Mais je voulais tout de même t'adresser quelques mots, car je sens bien que si je ne te parle pas pendant quelques jours les angoisses reviennent... « Ô saisons, Ô châteaux, quelle âme est sans défauts ? » Je pense à toi. Que deviens-tu, dans ton île maintenant détachées ?
20200216
Serment du Pata Negra (Réhab)
Si je suis venu ici, c'est autant, je m'en rends-compte, pour fuir la mort - mon mode de vie- que pour la retrouver - les archives de T, mêmes initiales, causes sinon semblables, du moins effets parallèles voire sécants à breve échéance. ´Dialectique où les fantasmes s'intègrent à mesure de leur dévoilement, en dernière analyse l'introspection stable du bon objet (non moins imaginaire que le mauvais) permet une fusion des instincts dans un équilibre fondé sur la prévalence de la libido sur l'instinct de mort ´ Laplanche, FdO, OdF
Voilà le serment
20200215
Retours de la saint Valentin
Hier, trois sourires, trois raisons d'être heureux. Le matin, de mon remplaçant au psychodrame qui, finalement n'est pas à ma place, mais à mes côtés. Je respire son parfum et écoute son souffle. Il a une telle présence - le corps, le visage, mais aussi et surtout, la voix - que j'en suis un peu jaloux: si je devais choisir un psychologue entre lui et moi, c'est vers lui que je me tournerais sans hésiter. Pourtant c'est moi que C choisit ce matin. Je suis un peu jaloux aussi de la propriétaire des longs cheveux qui restent accrochés à son manteau. Mais ce matin, au retour d'une scène il me sourit et fait un clin d'œil. Cela me suffit pour être apaisé et habiter ce moment. Assis, simplement assis.
Plus tard, c'est un verre avec E. Quel plaisir, je ne l'avais pas vu depuis des mois, pris qu'il est par la médecine, il tient le coup et garde miraculeusement sa douceur et beauté. Il est parfait, il est comme une fille, mais c'est un garçon.
Si je l'avais rencontré il y a 20 ans j'aurais été terriblement amoureux, je pense, et je n'aurais pas davantage su y faire qu'avec les autres. Aujourd'hui, pouvoir profiter de sa présence sans en souffrir est une victoire et plus même : une joie !
Enfin, mais j'espère que ce n'est qu'un début... Le plaisir évident d'A quand je lui propose d'aller à ma place voir Léo. Je craignais de ne plus pouvoir le toucher, lui qui désamorce tout en moi fors le désir de lui plaire. Belle journée! Je me demande ce que tu en penserais... et ce que tu me dirais de la tienne.
20200213
Fin de cycle noir
Depuis quelques heures - cela était en route avant mais ce n'est qu'aujourd'hui que les premiers effets apparaissent concrètement. Je lis, je m'alimente, je découvre de nouveaux compositeurs (Kapp, Lüdig estoniens tous deux). Je pars après-demain quelques jours à la Napoule avec Proust, Winnicot et Dogen. J'espère pouvoir t'en dire bientôt quelques mots... je voudrais te demander aussi de tes nouvelles, que ça ait un jour du sens pour toi que je t'en demande. A bientôt
20200210
Tempête
Depuis hier soir le vent souffle sur la ville. Dans la salle Elisabeth Leonskaja joue la sonate du même nom. Tempête d'une extrême délicatesse. Comment est-ce possible ?
20200208
Le retour du mort-vivant
Cher William,
combien d'années, depuis la dernière lettre? A part celles timidement adressées pour les anniversaires...
une fois, je m'en souviens, tu m'avais demandé si tous ces billets s'adressaient vraiment à toi. Aujourd'hui encore plus qu'hier peut-être, je suis bien incapable de répondre à cette question. comment et pourquoi écrire à quelqu'un d'aussi éloigné et inconnu, et qui, probablement, ne lira jamais ces lettres ? Parce que cet être, si lointain dans le temps et l'espace, est le dernier témoin d'une étincelle de vie depuis longtemps éteinte , et que, s'il ne m'aide pas par sa présence moins encore que virtuelle, fantasmée, c'est moi-même qui bientôt m'éteindrais.
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