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Incantations :
"Libérer l'imagination afin que lui soient donnés ses pleins moyens d'expression présuppose de réprimer une grande part de ce qui est présentement libre dans la société répressive. Un tel renversement n'est pas un problème de psychologie ou de morale, c'est un problème politique, au sens où ce terme a déjà été utilisé ici : la politique c'est la pratique dans laquelle les institutions sociales de base se développent, sont définies, sont maintenues, sont changées. C'est la pratique des individus, quelle que soit la façon dont ils sont organisés. Ainsi il faut une fois de plus se poser la question : comment les individus admninistrés - dont la mutilation est inscrite dans leurs libertés, dans leurs satisfactions, et se multiplie sur une échelle élargie - peuvent-ils se libérer à la fois d'eux-mêmes et de leurs maîtres ? Comment peut-on penser que le cercle vicieux peut être brisé ?"
Herbert Marcuse, L'homme unidimensionnel, 1964
"Mais qu'est-ce qui t'arrive ?
- Rien
- Comment rien ?
- Maintenant est venu le moment de nous séparer
- Après tout ce que j'ai fait pour toi tu veux m'abandonner ?
Mais dis-moi au moins pourquoi
- Parce que
- Mais tu es mon fiancé non ?
- Ma famille ne t'aime pas trop, tu sais, et elle ne veut pas me laisser me marier avec toi
- Mais ta famille... Tu as tué toute ta famille !
- Tu crois ? Je ne me souviens pas.
- Mais qui es-tu ?
- Devine..."
Raoul Ruiz, La ville des pirates, 1983
20050123
20050106
Susan Sontag
Je ne vous connaissais que par une pensée grivoise du Déclin de l'Empire américain et quelques pages sur Syberberg. Il semble que nos goût cinématographiques aient été les mêmes. Vous êtes morte, maintenant, mais je pourrai vous lire.
Sur les chimères, ou bien peut-être la mienne.
Lorsque je croise, à la fac, ces doctorants qui m'interrogent sans cesse sur mon "travail", mon mémoire, avec cette lumière dans les yeux qu'on garde pour les amants, pensant sans doute à leur propres pages, recherche, comme partie centrale et organique de leur vie. Ou bien, mon ami G. et son plan de carrière, ou bien encore J. et son bar, tout un langage déraisonnable et qui m'angoisse, terriblement, d'être à ce point sans objet, sans piste à parcourir et à laquelle tout sacrifier.
Ou bien peut-être la voie, celle qu'on emprunte au dojo, et l'amour, quelque amoureux à l'attention duquel je rassemble mes maigres forces. Comme à l'impression de beauté qui peut détruire, la beauté comme choc, révélation aussitôt arrachée, comme quelque chose qui n'advient que sans vous et dont vous constituez le témoin involontaire et passager. Sans objet, oui, c'est aussitôt une posture aussi improbable que poétique... Comment se connaître, lorsqu'on perd comme pour toujours une naissance inachevée, sinon à lire Platon comme une longue suite hystérique et folle. Platon, Thérèse et moi, l'extase.
Lorsque je croise, à la fac, ces doctorants qui m'interrogent sans cesse sur mon "travail", mon mémoire, avec cette lumière dans les yeux qu'on garde pour les amants, pensant sans doute à leur propres pages, recherche, comme partie centrale et organique de leur vie. Ou bien, mon ami G. et son plan de carrière, ou bien encore J. et son bar, tout un langage déraisonnable et qui m'angoisse, terriblement, d'être à ce point sans objet, sans piste à parcourir et à laquelle tout sacrifier.
Ou bien peut-être la voie, celle qu'on emprunte au dojo, et l'amour, quelque amoureux à l'attention duquel je rassemble mes maigres forces. Comme à l'impression de beauté qui peut détruire, la beauté comme choc, révélation aussitôt arrachée, comme quelque chose qui n'advient que sans vous et dont vous constituez le témoin involontaire et passager. Sans objet, oui, c'est aussitôt une posture aussi improbable que poétique... Comment se connaître, lorsqu'on perd comme pour toujours une naissance inachevée, sinon à lire Platon comme une longue suite hystérique et folle. Platon, Thérèse et moi, l'extase.
20050105
Zoologie appliquée à la littérature
"Un homme et sa CHIMERE ne réagissent pas l'un sur l'autre à la façon de l'âme et du corps. C'est pourtant un lien de ce genre qui les unit. Je les rapprocherai plutôt pour ma part des corps électrisés; les parties échauffées du cavalier prenant contact avec le dos de la CHIMERE, après de longues traites et de vigoureuses frictions, il advient que le corps du cavalier se trouve enfin chargé de tout le fluide CHIMERIQUE qu'il peut contenir. Il suffira donc de décrire clairement la nature de l'un pour donner une idée assez juste du genre et du caractère de l'autre."
Sterne, Tristram Shandy, I, 24
"Je vais me mettre à travailler furieusement, à peine rentré; je l'espère du moins. La vie n'est tolérable qu'avec une marotte, un travail quelconque. Dès qu'on abandonne sa chimère, on meurt de tristesse. Il faut se cramponner dessus et souhaiter qu'elle nous emporte."
Flaubert, lettre 759 du 22 juin 1863
"Chimères : mes chéries"
Leiris, Glossaire : j'y serre mes gloses
Sterne, Tristram Shandy, I, 24
"Je vais me mettre à travailler furieusement, à peine rentré; je l'espère du moins. La vie n'est tolérable qu'avec une marotte, un travail quelconque. Dès qu'on abandonne sa chimère, on meurt de tristesse. Il faut se cramponner dessus et souhaiter qu'elle nous emporte."
Flaubert, lettre 759 du 22 juin 1863
"Chimères : mes chéries"
Leiris, Glossaire : j'y serre mes gloses
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